Le documentaire NAZA, réalisé par les journalistes d'investigation israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, propose une plongée inédite dans les rouages des opérations militaires israéliennes à Gaza. À travers les témoignages de 24 anciens membres des renseignements et de l'armée, le film met en lumière l'usage de systèmes technologiques et d'intelligence artificielle pour justifier des frappes aux conséquences civiles lourdes.
La doctrine du dommage collatéral
Le titre du film fait référence à l'acronyme militaire « NAZA », utilisé par les services de renseignement pour quantifier le nombre de victimes civiles jugé acceptable lors d'une opération. Les intervenants anonymes décrivent une stratégie privilégiant les frappes nocturnes au domicile des cibles, incluant leurs familles. Selon ces témoignages, une marge d'erreur de 15 % de dommages collatéraux est couramment admise, bien que certains militaires évoquent des opérations où le bilan humain a atteint plusieurs centaines de morts pour neutraliser un seul individu, illustrant une priorité donnée à la quantité sur la précision.
Technologie et déshumanisation
Le documentaire souligne le rôle central des infrastructures de télécommunications, contrôlées par Israël, dans la localisation des membres présumés du Hamas. Les récits des militaires décrivent une forme de déshumanisation où les attaques sont parfois comparées à des jeux vidéo. Cette approche, selon les réalisateurs, s'inscrit dans une politique délibérée visant à raser des quartiers entiers pour pousser la population gazaouie vers des zones restreintes, voire hors du territoire, avant toute intervention de la communauté internationale.
Une onde de choc politique
La présentation du film à la Mostra de Venise a provoqué une vive réaction au sein du gouvernement israélien. Le ministre de la Culture, Miki Zohar, a notamment évoqué une possible déchéance de nationalité pour les réalisateurs, accusés de trahison. De son côté, le Premier ministre Benyamin Nétanyahu a exprimé sa volonté de légiférer pour sanctionner ceux qui « diffament » les soldats de Tsahal. Face à ces menaces et aux accusations de l'armée israélienne, qui conteste la fiabilité des témoignages, les auteurs maintiennent leur démarche, affirmant que leur travail vise à susciter un débat public nécessaire sur la nature des opérations menées dans la bande de Gaza.
Diffusion et portée internationale
Après une sortie en salles limitée en France les 12 et 13 octobre, le documentaire sera rendu accessible gratuitement en ligne fin novembre. Cette stratégie de diffusion, prévue après les élections législatives israéliennes du 27 octobre, témoigne de la volonté des auteurs de toucher un public large, alors que le bilan humain du conflit dépasse désormais les 74 200 morts selon les données du ministère de la Santé de Gaza, reconnues par les Nations unies.