Le retrait de la société Kosmos du bloc gazier Yakaar-Teranga fait l'objet d'une controverse financière entre l'exécutif sénégalais et l'ancienne direction de Petrosen. Au cœur du débat, une somme de 55 millions de dollars, soit environ 30 milliards de francs CFA, que le gouvernement estime pouvoir recouvrer, tandis que l'ancien directeur général de la société pétrolière nationale conteste la base juridique de cette créance.
La genèse de l'accord de retrait
Le processus de retrait de Kosmos, initié par des négociations en août 2024, a abouti à la signature d'un accord conjoint le 22 avril 2026. Selon Alioune Guèye, ancien directeur général de Petrosen, cet accord prévoyait une formalité administrative unique pour sa validation : la signature d'un arrêté ministériel. Si Kosmos a formellement notifié sa renonciation et s'est engagé à transférer les données contractuelles, le ministère de tutelle a suspendu la signature de l'arrêté en mai 2026, exigeant des éclaircissements sur le solde financier de 55 millions de dollars.
Divergences sur la nature des engagements financiers
La discorde repose sur l'interprétation des obligations contractuelles. Pour le gouvernement, cette somme représente un manque à gagner. À l'inverse, Alioune Guèye soutient que les 55 millions de dollars correspondent à un seuil d'engagement de dépenses prévu par un décret de mars 2024, et non à une dette exigible. Il fait valoir que les travaux prévus, incluant les puits Teranga-1, Yakaar-1 et Yakaar-2 ainsi qu'une campagne sismique 3D, ont été réalisés. Selon lui, ces investissements, estimés à plus de 300 millions de dollars, sont désormais la propriété de l'État sénégalais.
Le cadre légal en question
L'argumentaire de l'ancien responsable s'appuie sur la loi n° 98-05. Il conteste l'idée qu'un programme minimum de travaux non atteint se transforme automatiquement en indemnité financière due à l'État. Malgré une correspondance échangée en juin 2026 où le ministre de tutelle reconnaissait la légitimité de la démarche tout en maintenant son désaccord sur le fond, le dossier a été transmis aux plus hautes autorités de l'État, incluant la présidence et le ministère des Finances. Ce point de blocage souligne la complexité des négociations liées aux actifs pétroliers et gaziers du pays, où la frontière entre obligations contractuelles et créances publiques reste un enjeu majeur pour les finances nationales.