La guerre au Moyen-Orient transforme le détroit d’Ormuz en un eldorado pour les armateurs, malgré les risques persistants. Les tarifs des superpétroliers y atteignent des records historiques, poussant les acteurs du secteur à investir massivement dans de nouveaux navires.
Des tarifs multipliés par cinq en quelques mois
Pour un trajet vers la Chine, un superpétrolier coûte désormais 524 000 dollars par jour, un niveau inégalé depuis mars dernier. Ces tarifs, cinq fois supérieurs à ceux d’avant la guerre, s’expliquent par la réduction drastique du trafic dans le détroit d’Ormuz. Avant le conflit, jusqu’à 130 navires empruntaient quotidiennement cette voie stratégique ; aujourd’hui, ils ne sont plus que 12. Les armateurs profitent ainsi d’une demande soutenue et d’une offre limitée, malgré les dangers persistants.
Sinokor et MSC misent gros sur la crise
La compagnie sud-coréenne Sinokor, soutenue par le géant MSC, a déjà investi 6 milliards de dollars pour acquérir plus de 70 très grands pétroliers (VLCC) depuis décembre. Ces navires, essentiels pour le transport de brut, s’échangent désormais à 130 millions de dollars l’unité, un record depuis 2008. Adnoc, la compagnie énergétique des Émirats arabes unis, a également acheté onze navires pour 1,3 milliard de dollars, avec des livraisons prévues d’ici la fin de l’année.
Une géopolitique qui alimente la spéculation
Les tensions entre l’Iran et les États-Unis, couplées à un baril de pétrole à plus de 90 dollars, maintiennent les prix des carburants élevés et les flux maritimes sous tension. Les pétroliers masquent leur position pour éviter les attaques, compliquant l’analyse des flux réels. Dans ce contexte, les analystes anticipent une nouvelle hausse des tarifs, alors que les importateurs anticipent une crise durable dans le détroit.
Seuls 29 armateurs captent la moitié des profits
Malgré l’engouement, seuls 29 tankers assurent plus de la moitié des traversées actuelles. Les primes versées aux marins pour risquer leur vie dans la zone reflètent l’ampleur des enjeux : certains armateurs proposent jusqu’à six mois de salaire pour convaincre les équipages. Une situation qui illustre à la fois la lucrativité du secteur et les risques systémiques d’un marché en pleine mutation.