Depuis l’expiration du protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran le 17 août, les tensions autour des détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb s’intensifient, transformant ces voies maritimes en leviers de pression géopolitique. Une géographe spécialiste de ces enjeux décrypte les risques pour la liberté de navigation et l’économie mondiale.
Des détroits stratégiques sous haute surveillance
Les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, situés entre l’Iran et les Émirats arabes unis pour le premier, et entre le Yémen et Djibouti pour le second, concentrent près de 30 % du trafic pétrolier mondial. Leur fermeture, même temporaire, pourrait provoquer une crise énergétique majeure. La géographe Pauline Pic, coautrice d’une *Géopolitique des détroits*, rappelle que ces passages ne sont jamais totalement incontournables, mais que les coûts des routes alternatives – comme le contournement par le cap de Bonne-Espérance – seraient exorbitants pour les économies dépendantes du pétrole.
L’Iran instrumentalise les perturbations maritimes
Depuis début juillet, les tensions entre Téhéran et Washington se cristallisent autour du contrôle des routes maritimes. L’Iran, en perturbant ponctuellement le transit des navires, cherche à fragiliser les échanges mondiaux pour faire pression sur les États-Unis. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où Donald Trump menace de renforcer les sanctions économiques contre l’Iran, avec le soutien des Émirats arabes unis. Les attaques contre des tankers dans la région, attribuées à Téhéran, illustrent cette volonté de peser sur les négociations.
Sanctions et alliances : les États-Unis et leurs partenaires serrent la vis
Face à cette escalade, les États-Unis ont annoncé des « sanctions économiques accrues » contre l’Iran, tout en comptant sur l’alliance des Émirats arabes unis pour les appliquer. Cette coordination régionale vise à isoler davantage Téhéran sur la scène internationale. Cependant, cette approche pourrait aussi accentuer les risques de représailles, notamment en mer, où les tensions pourraient dégénérer en conflits ouverts. Les acteurs économiques, déjà fragilisés par la volatilité des prix de l’énergie, craignent une dégradation durable de la situation.
Un équilibre fragile pour la liberté de navigation
La liberté de circulation dans ces détroits, principe fondamental du droit maritime international, est aujourd’hui menacée par des calculs géopolitiques. Si les alternatives existent, leur coût et leur lenteur en font des solutions de dernier recours. La communauté internationale, notamment les puissances maritimes, devra trouver un moyen de désamorcer cette crise avant qu’elle ne paralyse une partie du commerce mondial. Pour l’instant, le statu quo reste précaire, entre provocations et tentatives de médiation.