Le député ghanéen John Ntim Fordjour s'inquiète de la montée en puissance de l'invective dans le discours politique national, portée par une quête de visibilité sur les réseaux sociaux. Il appelle à un retour à un débat contradictoire fondé sur le fond plutôt que sur l'agressivité, tout en pointant du doigt les dérives dans l'application des lois sur les publications en ligne.
La valorisation de l'agressivité numérique
Pour le député de la circonscription d'Assin South, le paysage politique ghanéen subit une mutation préoccupante. Selon lui, les jeunes acteurs politiques et commentateurs sur des plateformes comme TikTok ou via des podcasts utilisent l'insulte comme un levier de reconnaissance. Cette stratégie, loin d'être marginale, serait devenue un moyen efficace pour obtenir une visibilité accrue, voire une forme de récompense au sein des partis politiques, créant ainsi une incitation perverse à la radicalisation du langage.
Un appel à la rigueur intellectuelle
En opposition à cette tendance, John Ntim Fordjour exhorte les acteurs publics à renouer avec une tradition de critique politique constructive. Il cite en exemple des figures de proue de la vie publique ghanéenne, telles que les anciens présidents John Mahama et John Agyekum Kufuor, ou encore des personnalités comme Kwesi Pratt, capables par le passé de formuler des critiques acerbes contre le gouvernement sans jamais sacrifier la courtoisie ou le respect des institutions.
L'exigence d'une justice équitable
Au-delà de la question morale, le député soulève un enjeu majeur lié à l'État de droit : l'application sélective de la loi. Réagissant à l'arrestation récente d'une infirmière pour des publications sur les réseaux sociaux, il s'interroge sur l'usage de l'article 208 du Code pénal relatif aux fausses nouvelles. Il dénonce une application à géométrie variable qui semble cibler certains individus en fonction de leur affiliation politique, tout en épargnant d'autres auteurs de contenus offensants.
Une mobilisation citoyenne nécessaire
Face à ce qu'il qualifie d'incohérence judiciaire, le parlementaire en appelle à une prise de conscience collective. Il exhorte les chefs traditionnels, les autorités religieuses et les professionnels des médias à sortir de leur réserve pour exiger une application impartiale de la loi. Pour John Ntim Fordjour, la protection de la liberté d'expression ne peut se faire au prix d'une justice instrumentalisée, quel que soit le camp politique des personnes concernées.