Le parcours législatif de Guy Marius Sagna au sein de la nouvelle majorité sénégalaise suscite des interrogations sur la constance de ses engagements. Si le député maintient une posture critique envers le pouvoir en place, certains dossiers emblématiques révèlent un écart notable entre ses promesses de campagne et ses actes parlementaires.
Le revirement sur la loi d'amnistie
Lors de la campagne pour les législatives de novembre 2024, Guy Marius Sagna avait fait de l'abrogation de la loi d'amnistie n°2024-09 un engagement central, promettant une enquête pour identifier les responsables des décès survenus lors des troubles politiques. Pourtant, une fois élu, la dynamique a changé. En mars 2025, plutôt que de porter un texte d'abrogation, il a soutenu une proposition de loi d'interprétation déposée par son collègue Amadou Ba. Bien qu'il ait initialement envisagé un amendement pour exclure les crimes de sang de cette amnistie, il a finalement retiré sa proposition, laissant la loi initiale intacte. Ce recul constitue un fait documenté qui contraste avec la fermeté affichée lors de ses meetings à Ziguinchor.
Une posture critique maintenue envers l'exécutif
Malgré les critiques du collectif Fatali l'accusant de complaisance envers son propre camp, l'activité parlementaire de Guy Marius Sagna montre une volonté de contrôle de l'action gouvernementale. Le député a multiplié les interpellations sur des sujets sensibles, allant de la gestion de la dette publique et des discussions avec le FMI aux affaires impliquant des responsables militaires ou des manquements dans le secteur de la santé. Il a également publiquement remis en cause la fiabilité du président Diomaye Faye et dénoncé l'opacité entourant les fonds politiques, démontrant que son silence n'est pas la règle dans son exercice du mandat.
Les limites du procès en incohérence
Si le dossier de l'amnistie souligne une contradiction factuelle, d'autres accusations portées contre le député manquent de preuves tangibles. Son silence sur l'affaire Sweet Beauté, bien que réel, relève d'un choix politique et non d'une contradiction avec des engagements antérieurs. De même, les critiques visant son inaction sur des dossiers comme l'ONAS ou les fonds d'Abou Dhabi ne permettent pas, en l'état, de démontrer une incohérence personnelle. Ces éléments soulignent la complexité de la vie parlementaire, où la frontière entre stratégie politique, compromis de majorité et reniement des valeurs reste un point de vigilance pour les citoyens et les observateurs de la vie publique sénégalaise.