Le projet de construction du plus grand supercalculateur d'intelligence artificielle du Royaume-Uni, porté par la start-up Nscale, se heurte à un obstacle structurel majeur : l'incapacité du réseau électrique à répondre à ses besoins énergétiques. Initialement prévu pour l'année prochaine, le déploiement de cette infrastructure stratégique pourrait être repoussé jusqu'au milieu des années 2030, illustrant les tensions croissantes entre les ambitions technologiques et les limites des réseaux électriques nationaux.
Un blocage lié aux capacités du réseau national
Le site, situé à Loughton, devait accueillir environ 23 000 puces Nvidia pour soutenir les services cloud Azure de Microsoft. Cependant, l'opérateur local UK Power Networks a informé Nscale que le raccordement nécessaire ne pourra être opérationnel avant la prochaine décennie. Ce retard est imputable à des travaux d'envergure requis sur l'ensemble du réseau national de transport d'électricité, une infrastructure dont la modernisation peine à suivre la cadence des projets numériques de grande ampleur.
Une consommation énergétique colossale
L'ampleur du projet souligne le défi énergétique posé par l'IA. À terme, le centre de données de Nscale pourrait atteindre une puissance de 90 mégawatts. Une telle consommation équivaudrait, en fonctionnement continu, aux besoins annuels de près de 315 000 foyers britanniques. Face à cette impasse, Nscale explore des alternatives, notamment la production d'électricité sur site, tout en poursuivant les discussions avec les gestionnaires de réseau pour tenter d'accélérer les délais de connexion.
Le défi européen de l'alimentation des centres de données
La situation britannique s'inscrit dans un contexte européen de forte pression sur les infrastructures. Selon le groupe de réflexion Ember, la consommation électrique des centres de données en Europe devrait plus que doubler d'ici 2035, passant de 96 à 236 térawattheures. Cette tendance pousse plusieurs autorités régionales à durcir leurs politiques : l'Écosse a récemment suspendu l'approbation de nouveaux projets de grande taille, tandis qu'Amsterdam et le Danemark ont instauré des restrictions sur l'implantation ou la priorité de raccordement des centres de données, illustrant une volonté croissante de réguler l'impact de l'IA sur les ressources énergétiques nationales.