Un document récent issu des marchés publics américains met en lumière un écart significatif entre les autorisations d'exportation d'armement accordées au Maroc et les commandes fermes enregistrées. Alors que Washington avait validé l'acquisition de dix-huit lanceurs M142 HIMARS en 2023, seuls dix exemplaires figurent actuellement dans les contrats de logistique et de maintenance prévus pour 2027.
Un différentiel contractuel à clarifier
Le cahier des charges publié par les autorités américaines détaille les modalités de stockage et d'entretien des équipements destinés aux alliés étrangers, incluant le Maroc, l'Australie, Taïwan et l'Italie. Pour le cas marocain, la planification prévoit des inspections périodiques et une assistance technique spécifique pour dix unités. Il est toutefois impossible de déterminer, à ce stade, si ce chiffre correspond à une livraison partielle, à une réduction du volume global ou à une segmentation logistique, l'autorisation initiale du Département d'État de 524,2 millions de dollars constituant un plafond négociable et non une garantie de quantité.
La stratégie de modernisation des Forces armées royales
Cette acquisition s'inscrit dans une dynamique de renforcement des capacités militaires marocaines, amorcée par le rapprochement diplomatique de 2020. Le royaume a diversifié ses sources d'approvisionnement, combinant désormais l'artillerie longue portée américaine avec des systèmes de défense antiaérienne israéliens, tels que le Barak MX, et des équipements français. Ce positionnement stratégique, soutenu par les accords d'Abraham, marque une rupture avec les modèles d'armement traditionnels de la région et suscite des tensions diplomatiques avec l'Algérie, qui privilégie des partenariats avec la Russie et la Chine.
Le calendrier complexe des munitions et de la maintenance
Au-delà des lanceurs, le volet relatif aux missiles Atacms suit une trajectoire contractuelle distincte. En juillet 2024, un marché global de 226,85 millions de dollars a été confié à Lockheed Martin pour fournir des munitions à cinq pays, dont le Maroc, avec une échéance fixée à fin 2028. En attendant leur transfert, les équipements seront entreposés au dépôt militaire de Red River, au Texas. Si la programmation pour 2027 prévoit les ressources humaines nécessaires au contrôle technique des dix lanceurs marocains, aucune date précise n'a encore été arrêtée pour les essais opérationnels de ces systèmes.