Face à l'épuisement d'un modèle fondé sur l'extraction pétrolière, le Delta du Niger est appelé à opérer une mutation structurelle profonde vers la production et la valeur ajoutée. L'ancien directeur de la Commission de développement du Delta du Niger (NDDC), Timi Alaibe, souligne que six décennies d'exploitation des hydrocarbures n'ont pas suffi à transformer durablement les conditions de vie des populations locales.
Vers une économie de production et d'échanges
Timi Alaibe plaide pour une réorientation stratégique qui reconnecte le Delta du Niger à sa tradition historique de commerce international, bien antérieure à l'ère pétrolière. L'objectif est de transformer la région en un pôle manufacturier et logistique compétitif. En s'appuyant sur des exemples comme le marché d'Ariaria à Aba, il estime que le potentiel entrepreneurial existe, mais qu'il nécessite une meilleure intégration aux circuits financiers et aux infrastructures modernes pour tirer profit des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA).
Développer des corridors économiques intégrés
Pour surmonter les obstacles logistiques, tels que les coûts élevés de transport et les délais douaniers, l'expert préconise l'abandon des projets d'infrastructures isolés au profit de véritables corridors économiques. Ces axes devraient relier les centres de production agricole et industrielle aux plateformes logistiques et aux ports majeurs comme Onne, Port Harcourt, Warri et Calabar. Cette stratégie inclut une exploitation accrue des voies navigables, qui pourraient devenir des artères commerciales essentielles pour le transport de marchandises et le développement de l'économie bleue.
Sécurité et gouvernance comme leviers de croissance
La réussite de cette transition repose également sur des conditions préalables indispensables : la sécurité et une gouvernance rigoureuse. Timi Alaibe insiste sur le fait que l'insécurité agit comme un frein majeur aux investissements en alourdissant les coûts opérationnels. Parallèlement, il appelle à une mise en œuvre concrète des plans de développement régionaux, soulignant que la planification est vaine sans reddition de comptes. Enfin, il rappelle que l'investissement dans le capital humain — via l'éducation, la santé et la formation professionnelle — doit accompagner le développement des infrastructures physiques pour garantir une amélioration réelle du bien-être des ménages.