Le système d'aide juridictionnelle au Ghana fait face à une crise de moyens sans précédent, compromettant l'accès au droit pour les citoyens les plus démunis. Le constat dressé par des parlementaires et les autorités judiciaires souligne une fracture territoriale majeure, où le manque de personnel empêche l'application effective de la loi sur l'assistance juridique.
Une couverture judiciaire défaillante dans le Nord
Lors d'une mission d'inspection, le député de Kwesimintsim, Philip Fiifi Buckman, a qualifié de « pathétique » la situation de la Commission d'aide juridictionnelle dans les régions septentrionales. Le parlementaire a révélé qu'un seul avocat était chargé de couvrir à lui seul les villes de Tamale et de Bolgatanga. Cette concentration extrême des ressources humaines illustre l'incapacité de l'institution à assurer une présence minimale dans des zones pourtant densément peuplées, laissant de nombreux justiciables sans défense face aux institutions judiciaires et policières.
Un déficit structurel à l'échelle nationale
La situation dans le Nord n'est que le reflet d'une carence nationale plus profonde. Le président du conseil d'administration de la Commission, le juge de la Cour suprême Samuel Kwame Asiedu Adibu, a alerté sur un manque criant d'effectifs : il manquerait environ 180 collaborateurs pour répondre aux besoins actuels. Avec seulement 190 employés répartis dans 45 bureaux pour 261 districts, la Commission est absente de six des seize régions du pays, contredisant les objectifs fixés par la loi de 2018 sur l'aide juridictionnelle, qui prévoit une implantation dans chaque district.
L'urgence d'un investissement public
Face à ce constat, les appels à une intervention gouvernementale se multiplient. Le cadre législatif, bien que robuste sur le papier, reste inopérant faute de moyens financiers et logistiques. Pour les observateurs, la capacité de l'État à allouer des ressources budgétaires suffisantes sera le facteur déterminant pour garantir l'équité devant la justice. L'enjeu est de taille : il s'agit de transformer une obligation légale en une réalité concrète pour les populations vulnérables, souvent exclues du système judiciaire par manque de moyens financiers pour s'offrir une représentation adéquate.