Le secteur pharmaceutique marocain fait face à un déséquilibre commercial croissant, avec un déficit projeté à 13,4 milliards de dirhams à l'horizon 2030. Cette tendance, portée par une demande intérieure soutenue, souligne le défi structurel que représente la dépendance aux importations malgré les réformes engagées pour stimuler la production nationale.
Une dépendance aux importations persistante
Les données récentes révèlent un écart marqué entre la dynamique des exportations et celle des importations. Alors que les exportations de produits pharmaceutiques stagnent, avec une progression limitée à 1,2 %, les importations ont bondi de 17,4 % pour atteindre 11,9 milliards de dirhams. Ce déséquilibre a conduit à un déficit sectoriel passé de 9,2 à 10,3 milliards de dirhams. Cette situation est exacerbée par l'augmentation des dépenses de santé et une demande croissante pour des produits importés, dans un marché dont la valeur totale devrait atteindre 46,3 milliards de dirhams d'ici 2030.
Le levier stratégique des médicaments génériques
Pour infléchir cette trajectoire, le Maroc mise sur le développement de la production locale, en particulier sur le segment des génériques. La modification du Code du médicament et de la pharmacie, via le projet de loi n°27.26, vise à renforcer les capacités de l'Agence marocaine des médicaments et des produits de santé. En accélérant les procédures d'autorisation de mise sur le marché, les autorités espèrent accroître la compétitivité des fabricants locaux. Le segment des génériques est ainsi attendu à 20,7 milliards de dirhams en 2030, avec une croissance annuelle moyenne projetée de 6,3 %.
Arbitrages entre accès aux soins et souveraineté industrielle
La politique publique oscille entre la nécessité d'assurer l'approvisionnement et l'impératif de souveraineté. En 2026, la loi de finances a réduit les droits de douane sur 112 médicaments essentiels, une mesure destinée à pallier les pénuries observées l'année précédente. Parallèlement, l'augmentation de 30 % du budget de la santé, porté à 42,3 milliards de dirhams, soutient l'accès aux soins mais stimule mécaniquement la demande de produits importés. À court terme, la réduction du déficit dépendra donc de la capacité du tissu industriel national à monter en puissance pour répondre à cette demande croissante, tout en bénéficiant d'un contexte macroéconomique marqué par une croissance du PIB prévue autour de 4 % pour les années 2026 et 2027.