Le Modèle harmonisé d'enseignement bilingue au Sénégal (MOHEBS) se développe rapidement, mais la question du transfert des apprentissages entre langues nationales et le français reste centrale. Le défi consiste à faire circuler les compétences acquises dans une langue vers l'autre sans obliger les élèves à tout reconstruire, afin que le bilinguisme devienne une véritable ressource cognitive.
Le MOHEBS et la montée du bilinguisme institutionnel
Le MOHEBS a introduit le bilinguisme institutionnel, c’est‑à‑dire la définition des langues utilisées à chaque niveau scolaire. Cette première étape fixe le cadre linguistique du système, mais ne précise pas comment les élèves passent d’une langue à l’autre dans la pratique quotidienne des cours.
Comprendre le transfert d’apprentissage entre langues
Selon les recherches de Jim Cummins, les compétences cognitives développées dans une langue peuvent soutenir les apprentissages dans une autre. Le transfert n’est pas une simple traduction : il implique des opérations intellectuelles – décrire, comparer, justifier, démontrer – qui doivent être reconnues et pratiquées dans chaque langue. Le niveau de maîtrise, la proximité des compétences et le vocabulaire disciplinaire influencent la réussite du passage.
Vers un bilinguisme pédagogique : stratégies et outils
Passer du bilinguisme institutionnel au bilinguisme pédagogique implique de concevoir des ponts linguistiques. L’enseignant doit identifier ce qui est déjà maîtrisé dans la langue nationale, introduire progressivement le vocabulaire disciplinaire en français, puis permettre à l’élève d’expliquer le même concept dans la seconde langue. Des lexiques bilingues par discipline, des ressources de correspondance et des évaluations adaptées sont préconisés pour rendre la transition fluide.
Formation des enseignants : une priorité
Être bilingue ne suffit pas à enseigner dans un dispositif bilingue. Les enseignants doivent savoir quand et comment alterner les langues, vérifier l’acquisition des concepts, introduire la terminologie dans la langue cible et éviter de confondre difficulté linguistique et difficulté cognitive. Une formation initiale et continue, incluant une didactique du transfert, est donc indispensable.
Perspectives pour une didactique du transfert au Sénégal
Le prochain pas du Sénégal consiste à formaliser une didactique du transfert entre langues, avec des progressions claires, des outils d’évaluation et des programmes de recherche menés dans les écoles locales. Cette approche vise à faire de chaque langue une ressource cognitive, plutôt qu’un simple recours de secours, et à garantir que les connaissances acquises en wolof, pulaar, sérère, diola, soninké ou mandinka restent mobilisables en français ou en anglais tout au long du parcours scolaire.