La disparition du crocodile dans les eaux du fleuve Sénégal a entraîné l'extinction du « Fifiire », une chasse rituelle qui structurait autrefois la vie sociale et mystique des Subalbé. Si ce face-à-face périlleux avec le prédateur appartient désormais au passé, la communauté a su transférer ses valeurs de cohésion et de bravoure vers de nouvelles formes d'expression culturelle.
La fin d'un rituel lié à la biodiversité
Le « Fifiire » n'était pas une simple activité de chasse, mais un pilier de l'identité des pêcheurs thiouballo. Ce rituel exigeait une maîtrise technique et spirituelle, où les « Cefis » — des incantations secrètes — servaient à neutraliser la férocité de l'animal. Selon les témoignages des autorités coutumières comme Iba Maal, la raréfaction puis la disparition totale des crocodiles dans la zone de Podor vers la fin des années 1970 a mécaniquement provoqué l'arrêt de cette pratique. Sans l'adversaire mythique, le cadre même du rituel s'est effondré, laissant place à un vide que seule la mémoire orale tente aujourd'hui de combler.
L'influence des mutations religieuses sur le savoir occulte
La pérennité des « Cefis » a également été mise à l'épreuve par l'évolution des croyances. Avec l'ancrage croissant de l'Islam, le recours à des incantations dotées d'un pouvoir autonome a été progressivement délaissé, ces pratiques étant jugées incompatibles avec une foi centrée sur la puissance divine unique. Si les formules liées à la nuisance ont disparu, d'autres savoirs ancestraux persistent de manière souterraine, intégrés au quotidien des pêcheurs pour soigner ou favoriser la pêche, illustrant une adaptation constante des traditions face aux changements de paradigmes spirituels.
Le Daydayré, un nouveau souffle pour la cohésion sociale
En lieu et place du « Fifiire », le « Daydayré » s'est imposé comme le nouveau ciment de la communauté. Ces régates, organisées notamment lors des fêtes nationales, reprennent les codes de la compétition et de la démonstration de force, mais dans un cadre festif et collectif. Le pékane, poésie épique des pêcheurs, continue d'accompagner ces événements, assurant la transmission des récits ancestraux aux jeunes générations. Loin d'être une simple récréation, le « Daydayré » permet aux Subalbé de réaffirmer leur identité et leur lien indéfectible avec le fleuve, prouvant que la culture peut survivre à la perte de ses supports originels en se réinventant sans cesse.