Le décès d'Astou Pierre, une caissière dakaroise agressée à l'acide sur son lieu de travail, a provoqué une onde de choc au Sénégal. Alors que le suspect principal demeure en fuite, l'intervention tardive des autorités judiciaires met en lumière les failles persistantes dans la prise en charge des menaces pesant sur les femmes.
Une agression préméditée malgré les alertes
L'agression, survenue en juin dernier avenue Bourguiba à Dakar, s'inscrit dans un contexte de menaces répétées. Selon les témoignages recueillis, l'ex-compagnon de la victime avait explicitement menacé de lui infliger de telles blessures si elle refusait de l'épouser. Malgré la gravité de ces avertissements, aucune mesure de protection n'avait été mise en place. La victime, brûlée au troisième degré, a succombé à ses blessures à l'hôpital de Fann, malgré la présence d'une surveillance privée organisée par sa famille à l'entrée de sa chambre.
Les défaillances du système de signalement
L'enquête judiciaire, ouverte d'office suite à l'écho médiatique de l'affaire, révèle des dysfonctionnements procéduraux majeurs. La police souligne l'absence de plainte préalable déposée par la famille, tandis que l'établissement hospitalier n'aurait transmis aucune réquisition médicale lors de l'admission de la patiente. Cette absence de traçabilité administrative a empêché toute intervention précoce des forces de l'ordre. Actuellement, la justice procède à l'audition des proches de la victime et du personnel hospitalier pour établir les responsabilités dans cette chaîne de non-assistance.
L'exigence d'un cadre législatif spécifique
Le cas d'Astou Pierre est qualifié par Amnesty International Sénégal comme le onzième féminicide médiatisé pour l'année 2026. Oumy Sadio Sow, chargée de programme pour la protection des femmes et des enfants, pointe du doigt une carence structurelle du système de protection actuel. L'organisation appelle les autorités à ne plus traiter ces drames comme des faits isolés et réclame l'adoption d'une loi spécifique contre les féminicides. Cette demande vise à instaurer des mécanismes de protection immédiate pour les femmes signalant des menaces, afin de prévenir le passage à l'acte dans des situations de harcèlement avéré.