La promesse de l'ancien vice-président Atiku Abubakar de rétablir les subventions aux carburants en cas de victoire en 2027 ravive les tensions autour de la politique économique nigériane. Cette proposition, qualifiée de populiste par ses détracteurs, s'oppose frontalement à la stratégie de dérégulation entamée par le président Bola Ahmed Tinubu en mai 2023.
Le poids historique des subventions sur les finances publiques
Pendant près de quatre décennies, le système de subventions a pesé lourdement sur le budget national. Entre 2006 et 2023, le Nigeria a consacré plus de 15 000 milliards de nairas à ce mécanisme, souvent financé par l'endettement. Selon les données officielles, rien que pour les cinq premiers mois de 2023, la facture s'élevait à plus de 3 000 milliards de nairas. Ce modèle a non seulement favorisé la contrebande vers les pays voisins, mais a également privé des secteurs cruciaux comme l'éducation, la santé et les infrastructures de ressources indispensables.
La stratégie de dérégulation et ses premiers résultats
Depuis la suppression des subventions, l'administration Tinubu mise sur la dérégulation pour stimuler la production locale. L'entrée en service de la raffinerie Dangote et la pression exercée sur les raffineries publiques de Port Harcourt, Warri et Kaduna marquent un tournant. Les autorités soulignent que cette politique a permis de réduire la dépendance aux importations, qui coûtaient environ 10 milliards de dollars par an, tout en réorientant les fonds vers des programmes sociaux comme les prêts étudiants, le déploiement de bus au gaz naturel comprimé (GNC) et le soutien aux infrastructures.
Indicateurs macroéconomiques et perspectives de croissance
Le gouvernement met en avant des indicateurs macroéconomiques en amélioration pour justifier le maintien des réformes. Le taux de croissance du PIB a atteint 3,89 %, tandis que les réserves de change dépassent désormais les 53 milliards de dollars. Parallèlement, l'inflation annuelle a montré des signes de ralentissement, s'établissant à 15,43 % en juillet 2026. Pour l'exécutif, ces résultats confirment la nécessité de poursuivre les réformes structurelles plutôt que de revenir à un modèle de subventions généralisées, jugé insoutenable et propice aux distorsions de marché.
Le dilemme entre soulagement immédiat et stabilité à long terme
La proposition d'Atiku Abubakar, bien qu'elle vise à répondre à la précarité des ménages face à la hausse des prix à la pompe, est perçue par le gouvernement comme un risque de retour en arrière. L'administration Tinubu privilégie des interventions ciblées, telles que la conversion des véhicules au GNC et des transferts monétaires conditionnels, pour protéger les populations les plus vulnérables sans compromettre l'équilibre budgétaire. Le débat reste ouvert sur la capacité du pays à maintenir ce cap de rigueur face aux pressions sociales croissantes à l'approche de l'échéance électorale de 2027.