La perspective de l'élection présidentielle de 2027 au Nigeria ravive le débat sur la politique énergétique du pays. Alors qu'Atiku Abubakar, ancien vice-président, réaffirme sa volonté de rétablir les subventions sur les produits pétroliers, l'administration actuelle dénonce une stratégie économiquement périlleuse pour les finances publiques.
Une menace pour les revenus de la Fédération
Sunday Dare, conseiller spécial du président Bola Tinubu, a vivement critiqué la proposition d'Atiku Abubakar consistant à vendre du pétrole brut aux raffineries locales à des prix préférentiels. Selon l'exécutif, cette mesure créerait un « trou budgétaire » immédiat dans les comptes de la Fédération. En vendant la ressource nationale en dessous de sa valeur marchande, l'État réduirait mécaniquement les revenus disponibles pour les trois niveaux de gouvernement, impactant directement le financement des services publics essentiels tels que l'éducation, la santé et la sécurité.
Risques de distorsion du marché pétrolier
Au-delà de l'aspect fiscal, le gouvernement pointe du doigt les conséquences structurelles d'une telle politique sur le secteur aval. Le conseiller présidentiel met en garde contre l'émergence de monopoles artificiels qui pourraient déstabiliser les raffineries modulaires locales, plus petites. Cette approche entrerait en conflit direct avec les dispositions de la loi sur l'industrie pétrolière (Petroleum Industry Act), qui prône la dérégulation du marché pour favoriser une concurrence saine et durable.
Le spectre de la contrebande transfrontalière
L'argument de la lutte contre la contrebande constitue un autre point de friction majeur. L'administration Tinubu soutient que maintenir un prix à la pompe artificiellement bas au Nigeria, comparativement aux marchés voisins en Afrique de l'Ouest, garantit mécaniquement le retour de l'arbitrage illégal. Pour le gouvernement, cette différence de prix rendrait inefficace toute tentative de contrôle par des auditeurs, le différentiel de prix étant une incitation économique trop forte pour les réseaux de contrebande.
Une vision politique divergente
Face à ces critiques, Atiku Abubakar maintient sa position, affirmant que le Nigeria dispose des ressources nécessaires pour protéger ses citoyens contre les difficultés économiques actuelles. Il rejette l'idée que le pays doive abandonner sa population face à la précarité. Ce désaccord fondamental illustre deux visions opposées de la gestion des ressources nationales : d'un côté, une approche axée sur la libéralisation et la rigueur budgétaire, et de l'autre, une volonté de réintroduire des mécanismes de protection sociale directe, malgré les risques de déséquilibre macroéconomique soulignés par le pouvoir en place.