La récente affirmation de Reno Omokri, ancien conseiller présidentiel, selon laquelle un Nigérian moyen peut vivre avec un budget quotidien de 3 000 nairas, suscite une vive controverse. Josef Onoh, figure politique et ancien porte-parole, a fermement rejeté cette thèse, la qualifiant de déconnectée des réalités économiques actuelles et des pressions financières pesant sur les ménages.
Une analyse en décalage avec la structure familiale
Au cœur de la critique formulée par Josef Onoh réside la question de la composition des foyers nigérians. Si 3 000 nairas par jour correspondent à 90 000 nairas par mois — soit un montant supérieur au salaire minimum national de 70 000 nairas — ce calcul occulte la réalité d'une famille moyenne de cinq personnes. Dans ce schéma, le budget par tête tombe à 600 nairas, une somme jugée insuffisante pour couvrir les besoins nutritionnels de base, sans même inclure les dépenses incompressibles telles que l'éducation, la santé, le logement ou le transport.
L'inflation alimentaire comme barrière structurelle
Les données du Bureau national des statistiques (NBS) sont invoquées pour démontrer l'impossibilité d'une telle autosuffisance. L'envolée des prix des denrées de base, comme le riz, les haricots ou les tubercules, ainsi que le coût élevé des protéines, réduit drastiquement le pouvoir d'achat. À titre d'exemple, le prix d'un seau de tomates ou de poivrons frais atteint désormais des niveaux qui rendent la préparation de repas nutritifs difficile pour les ménages à revenus faibles ou intermédiaires, contraints de consacrer entre 60 et 70 % de leurs revenus à la seule alimentation.
Des disparités régionales et urbaines ignorées
Josef Onoh souligne également que l'argument de la survie quotidienne ne tient pas compte des disparités géographiques. Si les zones rurales peuvent parfois s'appuyer sur une agriculture de subsistance, les résidents des métropoles comme Lagos, Abuja ou Port Harcourt sont confrontés à des coûts fixes inévitables, incluant l'électricité, le carburant et les frais de déplacement. Pour l'ancien responsable, réduire la question du bien-être des citoyens à une simple équation arithmétique revient à normaliser la pauvreté plutôt qu'à proposer des solutions structurelles aux difficultés économiques du pays.
La responsabilité de l'État face à la précarité
En conclusion, cette polémique met en lumière un enjeu de gouvernance majeur. Josef Onoh appelle les représentants publics à ne pas minimiser la crise actuelle par des déclarations simplistes. Il insiste sur le fait que la protection du bien-être des citoyens doit être considérée comme une responsabilité régalienne fondamentale, et non comme un privilège, exhortant les décideurs à aligner leurs discours sur les pressions financières réelles subies par la population.