La proposition de l'ancien vice-président Atiku Abubakar de rouvrir intégralement les frontières terrestres et de rétablir les subventions sur le carburant en cas de victoire en 2027 suscite une vive controverse. Reno Omokri, ambassadeur désigné, met en garde contre les conséquences dévastatrices de ces mesures sur la sécurité nationale et la stabilité économique du pays.
Risques de contrebande et pression sur les réserves
Reno Omokri souligne qu'une politique combinant subventions au carburant et ouverture totale des frontières favoriserait une contrebande massive. Selon ses estimations, lors de la précédente période où ces deux conditions étaient réunies, environ 25 millions de litres de carburant sur un quota quotidien de 66,1 millions étaient détournés illégalement vers les pays voisins. Cette fuite de ressources, couplée à l'afflux de produits agricoles importés comme le riz et la volaille, avait gravement déstabilisé la monnaie nationale et épuisé les réserves de change.
Impact sur le secteur agricole local
L'argument économique d'Atiku Abubakar, qui prône la réouverture des frontières pour dynamiser le commerce transfrontalier et l'emploi des jeunes, se heurte à la réalité du terrain industriel. Les données citées par Omokri indiquent que la contrebande a déjà durement éprouvé les producteurs locaux : 90 des 150 minoteries industrielles de riz ont cessé leurs activités d'ici 2026, tandis que la filière avicole enregistre des pertes annuelles estimées à 2 milliards de dollars en raison de la concurrence déloyale des produits importés illégalement.
Défis sécuritaires et contrôle des frontières
Au-delà de l'aspect économique, la question de la sécurité demeure centrale. Omokri soutient qu'une ouverture non sécurisée des frontières faciliterait l'entrée d'armes légères et de munitions, aggravant ainsi l'insécurité. Il rappelle que l'administration actuelle a entamé une stratégie de sécurisation progressive, incluant l'ouverture sélective de points de passage, l'augmentation des effectifs de l'armée avec la création de quatre nouvelles divisions et le recrutement de gardes forestiers. Pour le diplomate, toute velléité de réouverture totale doit impérativement être précédée d'un renforcement capacitaire des forces de défense et de sécurité pour éviter de fragiliser davantage la souveraineté du Nigeria.