Le débat sénégalais sur la souveraineté et la migration revisite les frontières coloniales de l’AOF et leurs héritages historiques

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 14 lectures
Le débat sénégalais sur la souveraineté et la migration revisite les frontières coloniales de l’AOF et leurs héritages historiques

Le Sénégal se trouve au cœur d’un débat où souveraineté nationale, migration et mémoire coloniale s’entremêlent. Alors que les autorités démantèlent des campements de migrants à Dakar, les acteurs politiques et civils invoquent l’histoire de l’Afrique‑Occidentale française pour nuancer les accusations de xénophobie.

Une fédération coloniale aux frontières tracées à Berlin

Créée en 1895, la Fédération de l’Afrique‑Occidentale française (AOF) regroupait huit territoires – Sénégal, Mauritanie, Soudan français, Guinée, Côte d’Ivoire, Haute‑Volta, Niger et Dahomey – dont les limites furent décidées lors des conférences de Berlin (1884‑1885) sans aucune participation africaine. Le gouverneur général de l’AOF résidait à Dakar, centre administratif qui a ensuite influencé les dynamiques postcoloniales.

Des circulations historiques qui contrastent avec les tensions actuelles

Malgré les frontières imposées, les populations de l’AOF entretenaient des liens familiaux, commerciaux, religieux et culturels, et servaient parfois dans les mêmes unités militaires. Cette mobilité historique contraste avec les récentes mesures du gouvernement sénégalais : en 2022, le Niger a rapatrié plusieurs centaines de ses ressortissants qui mendiaient à Dakar, et en 2025, les campements de Colobane puis de la « Cité Haoussa » aux Mamelles ont été démantelés.

Acteurs civils et politiques : entre fermeté migratoire et appel à la cohésion

Boubacar Sèye, président‑fondateur d’Horizon Sans Frontières, interpelle le président Bassirou Diomaye Faye pour concilier une politique migratoire ferme avec le respect de la dignité humaine et la préservation de la « Téranga ». Le texte souligne que la xénophobie – hostilité envers l’étranger – ne doit pas être confondue avec les relations anciennes entre communautés africaines, lesquelles ont souvent transcendé les frontières coloniales.

Le pan‑africanisme comme fil conducteur

Des figures du panafricanisme telles que Kwame Nkrumah, Sékou Touré et Cheikh Anta Diop avaient déjà envisagé une unité au-delà des découpages coloniaux. Le professeur Joseph Ki‑Zerbo rappelait, à travers un dicton yoruba, que la frontière entre le Bénin et le Nigeria séparait les Anglais des Français, et non les Yorubas eux‑mêmes, illustrant la persistance d’identités transfrontalières.

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