Le paysage politique ghanéen traverse une phase préoccupante marquée par une recrudescence des attaques personnelles et des injures au détriment du débat contradictoire. Cette dégradation du discours public, amplifiée par les réseaux sociaux, interpelle les leaders nationaux, les institutions traditionnelles et les citoyens sur la nécessité de préserver la dignité du débat démocratique sans pour autant sacrifier l'exigence de redevabilité.
La responsabilité des leaders du NDC et du NPP
La polarisation entre le National Democratic Congress (NDC) et le New Patriotic Party (NPP) a instauré une culture où l'insulte devient parfois un outil de reconnaissance politique. L'appel est lancé directement à John Dramani Mahama et au Dr Mahamudu Bawumia pour qu'ils imposent une ligne de conduite stricte à leurs communicants et partisans. En condamnant publiquement et systématiquement les attaques ad hominem, les dirigeants peuvent envoyer un signal fort : la légitimité politique ne doit plus être corrélée à la virulence des propos, mais à la capacité de confronter les bilans et les programmes.
Distinguer la critique de la diffamation
Si la nécessité d'assainir le débat est impérative, elle ne doit pas conduire à une restriction des libertés publiques. Le Ghana, ayant abrogé ses lois sur le libelle criminel en 2001, doit éviter de restaurer, par des moyens détournés, une criminalisation de l'expression politique. La distinction est fondamentale : si l'insulte est répréhensible, elle relève davantage du débat civil que de la justice pénale. En revanche, les menaces réelles de violence et l'incitation au trouble à l'ordre public doivent rester strictement sanctionnées par la loi, car elles menacent la sécurité collective.
Le rôle des autorités morales et de la société civile
La régulation du ton politique ne peut reposer uniquement sur les acteurs partisans. Les chefs traditionnels, les reines-mères ainsi que les autorités religieuses — incluant le Conseil national des chefs, le Conseil chrétien et l'Office de l'Imam national — sont appelés à user de leur influence morale pour rappeler l'unité nationale. Ces institutions, garantes des valeurs de respect, ont un rôle crucial à jouer pour transcender les clivages partisans et réaffirmer que l'appartenance au Ghana prime sur l'allégeance politique.
Une exigence citoyenne de hauteur
La responsabilité incombe également aux citoyens et aux médias. Chaque partage de contenu injurieux sur les réseaux sociaux et chaque mise en avant d'outrances verbales par les chaînes de télévision alimentent un cercle vicieux. Pour que la démocratie ghanéenne reste vigoureuse, le débat doit se concentrer sur les enjeux réels : économie, emploi, santé, éducation et lutte contre la corruption. Exiger des comptes aux dirigeants est un devoir démocratique, mais cette exigence gagne en force lorsqu'elle est portée par des arguments factuels plutôt que par l'indignité.