Le gouvernement danois a mis un terme à son projet pilote visant à remplacer la suite Microsoft Office par une solution open source au sein de ses services administratifs. Cette initiative, qui visait à renforcer la souveraineté numérique du pays, s'est heurtée à des obstacles techniques majeurs après moins de six mois d'expérimentation.
L'échec d'une transition vers Collabora
Lancé en 2025, le projet concernait 38 employés du ministère de la Numérisation, désormais intégré au ministère de la Recherche, de l'Éducation et de la Numérisation. L'objectif était de substituer les outils de bureautique classiques par Collabora, une suite basée sur LibreOffice. Cependant, les utilisateurs ont rapidement rapporté des dysfonctionnements critiques, notamment des erreurs de formatage, des problèmes de mise en page et des complications dans le suivi des modifications de documents, rendant l'outil inadapté aux exigences de gestion administrative quotidienne.
Une méthodologie de test remise en question
La décision de se concentrer exclusivement sur Collabora suscite des interrogations au sein de la communauté académique. Mikkel Flyverbom, professeur à la Copenhagen Business School, souligne l'importance de tirer des leçons de cet échec et de partager les retours d'expérience avec le reste du secteur public. Le choix restreint d'une seule alternative, alors que d'autres solutions comme OnlyOffice ou OpenOffice existent sur le marché, est pointé du doigt comme une lacune méthodologique ayant empêché une comparaison rigoureuse des outils disponibles.
Les défis persistants de la souveraineté numérique
Ce revers illustre la difficulté pour les administrations publiques de s'affranchir des écosystèmes technologiques dominants. Si la volonté politique de réduire la dépendance aux solutions américaines est partagée par plusieurs pays européens, la transition vers des alternatives libres se heurte à la complexité de l'interopérabilité avec les systèmes de gestion de dossiers existants, comme le logiciel F2 utilisé par le ministère danois. Alors que l'intelligence artificielle est parfois évoquée comme un levier pour accélérer le développement d'alternatives open source, les institutions restent prudentes face à des solutions jugées encore trop expérimentales pour une utilisation à grande échelle.