La question de la conformité fiscale au Nigeria ne relève pas d'une aversion intrinsèque des citoyens pour l'impôt, mais d'une crise de confiance profonde envers la gestion des deniers publics. Selon le professeur Kenneth Amaeshi, titulaire de la chaire First Bank Samuel Asabia à l'Université de Lagos, le renforcement des recettes fiscales exige une refonte du contrat social par une transparence accrue.
Le levier de la confiance publique
Pour le professeur Amaeshi, l'approche actuelle, souvent centrée sur une application coercitive de la loi, est insuffisante. Il compare cette stratégie à une tentative de « battre des mains avec une seule main ». Le succès de la mobilisation des ressources dépend avant tout de la capacité de l'État à démontrer l'utilité concrète des contributions citoyennes. L'enjeu est de transformer la perception de l'impôt : passer d'une contrainte subie à un investissement visible dans le développement national.
Propositions pour une redevabilité accrue
Afin de restaurer ce lien de confiance, des mécanismes de contrôle plus rigoureux sont préconisés. L'une des pistes majeures consiste à créer un « bureau de redevabilité fiscale », potentiellement rattaché à l'Office du médiateur fiscal, dont la mission serait d'informer régulièrement le public sur l'affectation des fonds. Une autre recommandation porte sur l'affectation ciblée des recettes fiscales à des projets de développement spécifiques, permettant aux contribuables de constater directement les retombées de leurs efforts financiers.
L'éthique au cœur de l'économie informelle
Le débat s'est également étendu aux défis éthiques rencontrés par le secteur informel nigérian, moteur essentiel de l'entrepreneuriat local. Olusegun Alebiosu, directeur général de First Bank, a souligné que la survie des petites entreprises ne doit pas occulter la nécessité de pratiques éthiques. Selon lui, l'intégrité et la transparence sont des piliers indispensables à la résilience économique. Cette réflexion s'inscrit dans la relance de la chaire Samuel Asabia, réactivée en 2025 pour promouvoir la recherche sur le leadership éthique et la gouvernance des affaires.
Un impératif de service pour les entreprises
Au-delà de la sphère publique, le professeur Akin Osibogun a rappelé que la pérennité des entreprises repose sur une vision dépassant la simple quête de profit. La fourniture de services de qualité et le respect de normes éthiques constituent, selon lui, les véritables moteurs d'une croissance durable. Cette approche globale, liant responsabilité des acteurs privés et transparence des autorités, dessine une feuille de route pour assainir le climat des affaires et renforcer l'engagement civique au Nigeria.