Le Conseil National de la Communication (CNC) du Burundi a officiellement proscrit la diffusion des titres « Sokwe » de B-Face et « Niruze » de Big Fizzo sur l'ensemble des médias nationaux. Cette décision, justifiée par la présence de propos jugés injurieux et contraires aux bonnes mœurs, souligne une tension persistante entre les autorités de régulation et les codes d'expression de la nouvelle scène musicale burundaise.
Une joute verbale sanctionnée par le régulateur
À l'origine de cette mesure, une confrontation artistique entre deux générations de rappeurs, marquée par des échanges de « punchlines » virulents. Ce qui était présenté par les artistes comme une joute verbale, inspirée des codes du hip-hop international, a été qualifié par le CNC de contenu « malveillant, obscène et diffamatoire ». L'organe de régulation a sommé les responsables des médias de se conformer à cette interdiction sous peine de sanctions légales, une injonction qui a immédiatement suscité une vive controverse au sein de l'opinion publique.
Divergences au sommet de l'État
La décision du CNC ne fait pas l'unanimité, y compris au sein de l'appareil gouvernemental. La ministre de la Communication et des Médias, Evelyne Butoyi, a publiquement exprimé son incompréhension face à cette censure après avoir pris connaissance des œuvres incriminées. De leur côté, les artistes concernés, dont Big Fizzo, défendent la nature purement artistique de leurs textes, arguant que ces productions constituent leur gagne-pain et ne contiennent aucune obscénité réelle. Le rappeur Mkombozi a également appelé à une levée de l'interdiction, plaidant pour une reconnaissance de ces codes d'expression comme une forme légitime de communication entre artistes.
Un historique de régulation stricte
Cette intervention s'inscrit dans une tradition de contrôle des contenus médiatiques au Burundi. Le CNC avait déjà manifesté sa fermeté en avril 2023 en interdisant une trentaine de chansons jugées attentatoires à la culture nationale, une décision qui avait alors suscité des réserves diplomatiques. L'histoire de l'audiovisuel burundais est jalonnée de tels épisodes, remontant aux années 1980 avec la censure de titres jugés inappropriés, illustrant une volonté constante des autorités de maintenir un cadre moral strict sur les ondes, au risque de heurter les dynamiques créatives contemporaines.