Le Conseil de sécurité des Nations unies s'apprête à statuer sur l'avenir de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO), dont le mandat expire le 31 octobre. Cette échéance cristallise une tension diplomatique majeure, alors qu'une majorité de membres du Conseil semble privilégier le plan d'autonomie proposé par le Maroc au détriment du processus référendaire initialement prévu.
Le basculement diplomatique au sein du Conseil de sécurité
La dynamique actuelle au sein des 15 membres du Conseil de sécurité révèle une érosion du soutien au droit à l'autodétermination des Sahraouis. Onze pays membres ont manifesté leur alignement sur la position marocaine, qui prône une « semi-autonomie » sous la souveraineté du Royaume. Seuls la Russie, la Chine, le Pakistan et la Lettonie maintiennent une posture de neutralité. Cette tendance s'inscrit dans le sillage de la résolution 2797, qui encourage des pourparlers basés exclusivement sur la proposition marocaine, écartant de fait l'option d'un référendum d'indépendance pourtant au cœur du mandat de la MINURSO depuis 1991.
Des soutiens internationaux aux motivations divergentes
Plusieurs puissances internationales ont officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le territoire, transformant la nature du conflit. Les États-Unis, par un décret exécutif de 2020, ont ouvert la voie à cette reconnaissance, suivis par des pays comme le Danemark et la Grèce, qui qualifient le plan marocain de « crédible ». Cette reconfiguration diplomatique est également portée par des États comme la Colombie, le Panama et Bahreïn, qui ont multiplié les gestes de soutien politique et diplomatique à Rabat, fragilisant davantage la position des partisans d'un processus onusien classique.
Le paradoxe des positions africaines
La situation est particulièrement complexe pour l'Union africaine, dont le Sahara occidental est un membre fondateur. Malgré les principes de l'organisation, certains États membres siégeant au Conseil de sécurité ont adopté des positions en contradiction avec la ligne panafricaine. Le Liberia, la Somalie et la République démocratique du Congo ont, par des actes ou des déclarations, manifesté leur soutien à la souveraineté marocaine. Cette division au sein du bloc africain complique toute initiative commune visant à défendre le droit à l'autodétermination des Sahraouis, alors que des acteurs comme l'Algérie, l'Afrique du Sud et le Nigeria sont appelés à jouer un rôle moteur pour maintenir la question à l'agenda international.
Un enjeu de droit international
Le conflit, qui remonte à la fin de la colonisation espagnole en 1975, demeure une question de décolonisation au regard du droit international. La Cour internationale de Justice avait, par le passé, invalidé les prétentions territoriales marocaines, justifiant ainsi la création de la MINURSO en 1991. L'abandon potentiel de cette mission par l'ONU marquerait un tournant historique, transformant un différend territorial régi par le droit à l'autodétermination en une simple question d'intégration sous une autorité monarchique, au risque de créer un précédent sur la gestion des conflits de souveraineté sur le continent.