Le Conseil de la concurrence décrypte les vulnérabilités structurelles des marchés du ciment et de l'acier au Maroc

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 5 lectures
Le Conseil de la concurrence décrypte les vulnérabilités structurelles des marchés du ciment et de l'acier au Maroc

Le Conseil de la concurrence a rendu ses conclusions sur les marchés du ciment et du rond à béton, mettant en lumière des dysfonctionnements structurels plutôt qu'une entente illicite sur les prix. Ces travaux soulignent l'urgence de réformer l'accès aux matières premières et de renforcer la transparence pour dynamiser un secteur clé de l'économie nationale.

Le clinker, levier de tension concurrentielle

L'accès au clinker, intrant indispensable à la fabrication du ciment, cristallise les déséquilibres du marché. Avec plus de 97 % des capacités de production détenues par des cimenteries intégrées, les broyeurs indépendants se retrouvent en position de dépendance. Une décision du Conseil, rendue en août 2025, a imposé des engagements stricts aux acteurs dominants pour garantir un approvisionnement non discriminatoire et transparent. L'enjeu est désormais d'étendre ces pratiques à l'ensemble du marché pour éviter toute compression artificielle des marges des concurrents plus modestes.

Concentration géographique et dépendance énergétique

Le marché du ciment est marqué par une forte concentration, notamment dans les régions de Casablanca-Settat, Souss-Massa et l'Oriental, qui totalisent plus de 58 % des capacités nationales. Cette structure oligopolistique, couplée à des barrières à l'entrée élevées, limite la fluidité concurrentielle. Par ailleurs, la dépendance au coke de pétrole importé expose les industriels à une volatilité des coûts de production. Le Conseil préconise une diversification énergétique, notamment via le gaz naturel liquéfié, et un suivi renforcé des prix par les autorités compétentes pour protéger le segment résidentiel, qui a généré plus de 9,9 milliards de dirhams en 2024.

Défis de traçabilité et sécurité dans la filière acier

Le secteur du rond à béton fait face à une pression internationale accrue, caractérisée par des surcapacités mondiales et des importations agressives. En interne, la gestion de la ferraille reste un point critique : le Conseil pointe du doigt des circuits d'approvisionnement informels et des pratiques de commercialisation opaques qui nuisent à la traçabilité. Au-delà de l'aspect économique, une exigence de sécurité publique est posée : le renforcement du contrôle de la masse linéique des barres d'acier est jugé indispensable pour garantir la solidité des constructions, particulièrement dans le segment de l'autoconstruction.

Vers une régulation plus agile du secteur

Si le diagnostic du Conseil écarte l'hypothèse d'une entente généralisée, il insiste sur la nécessité d'une intervention publique pour corriger les inefficiences. La mise en œuvre effective des recommandations — allant de l'amélioration des circuits de distribution à la surveillance accrue des produits — sera déterminante. Ces mesures visent à assainir les conditions de concurrence tout en préparant le terrain pour les prochaines analyses du régulateur, qui porteront sur d'autres matériaux de construction essentiels comme la brique.

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