Le Congrès américain a franchi une nouvelle étape dans sa gestion des crises sahéliennes avec le dépôt du projet de loi H.R. 10195, baptisé Mali Security Partnership and Counterterrorism Act. Ce texte législatif contraint le département d’État à élaborer une stratégie diplomatique structurée pour endiguer l’expansion d’al-Qaïda au Mali, marquant une volonté de réengagement après plusieurs années de retrait.
Une approche axée sur la diplomatie et la gouvernance
Contrairement aux interventions militaires directes, le projet de loi privilégie une approche diplomatique et structurelle. Il impose au secrétaire d’État de présenter un rapport détaillé sur les initiatives bilatérales et multilatérales visant à entraver la liberté de mouvement des groupes terroristes. Au-delà de la sécurité pure, le texte exige des actions ciblées sur les causes profondes de l’instabilité, notamment la pauvreté, les défaillances de gouvernance et les circuits de financement du terrorisme. Pour garantir la transparence, le législateur demande l'établissement d'indicateurs de performance précis pour évaluer l'efficacité de ces mesures.
Le Sahel, un théâtre d'opérations interdépendant
Les auteurs du texte, Jimmy Panetta et Joe Wilson, soulignent que la situation au Mali ne peut être traitée de manière isolée. L'instabilité croissante au Niger et au Burkina Faso, exacerbée par le basculement de ces pays vers de nouveaux partenariats sécuritaires avec la Russie, est au cœur des préoccupations américaines. La tentative de coup d’État au Niger en août 2026 est identifiée comme un facteur aggravant qui menace de déstabiliser l'ensemble de la région sahélienne.
Vers une normalisation des relations avec Bamako
Cette initiative législative s'inscrit dans une dynamique de rapprochement amorcée depuis 2025, rompant avec la politique de suspension de l'aide sécuritaire directe en vigueur depuis les coups d'État de 2020 et 2021. Des contacts discrets, des visites d'élus américains à Bamako et la reprise d'opérations conjointes avec l'Africom dès février 2025 témoignent de cette inflexion. Le projet de loi H.R. 10195 s'appuie sur le cadre préexistant du Trans-Sahara Counterterrorism Partnership, un programme lancé en 2005 qui coordonne la lutte antiterroriste entre onze pays africains. Le texte est actuellement examiné par la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, son adoption dépendant désormais du calendrier parlementaire américain.