Le conflit entre le ministre des Territoires fédéraux du Capitole, Nyesom Wike, et un groupe de gouverneurs de l’All Progressives Congress (APC) a éclaté publiquement, révélant des tensions internes majeures au sein du parti au pouvoir nigérian, au cœur d’une période cruciale pour la réélection prévue de Bola Tinubu en 2027.
Le bloc des gouverneurs s’oppose à la coalition arc-en-ciel
Lors d’une session privée du Forum des gouverneurs progressistes (PGF) à Abuja, présidée par le gouverneur d’Imo, Hope Uzodimma, les gouverneurs ont déclaré leur soutien exclusif aux candidats officiels de l’APC. Ils craignent qu’une alliance avec des figures extérieures au parti ne dilue le vote, ne seme la confusion au niveau local et ne fragilise la loyauté interne. Uzodimma a averti que l’APC n’a aucune intention de cautionner des arrangements risquant de mettre en péril les ambitions présidentielles de Tinubu.
Wike rejette l’autorité des gouverneurs
Nyesom Wike a répliqué sans ambiguïté lors d’une interview à Arise Television, nié avoir jamais sollicité l’approbation du PGF pour sa coalition arc-en-ciel, un regroupement de politiques issus d’autres partis visant à mobiliser derrière Tinubu sans formaliser de défections. Il a qualifié les gouverneurs de « politiquement paresseux » et a affirmé avoir toujours informé directement le président de ses démarches, rejetant toute soumission à l’instance des gouverneurs.
Les origines du conflit remontent à la nomination de Wike
L’analyste politique Uche Igwe attribue le conflit à la nomination de Wike au poste de ministre, un choix qui a bouleversé l’équilibre des alliances au sein des alliés du sud de Tinubu. Denge Josef Onoh rappelle que Wike avait déjà joué un rôle clé dans le G5, un groupe de gouverneurs du PDP qui avaient refusé de soutenir Atiku Abubakar en 2023, un mouvement qui avait indirectement profité à Tinubu. La coalition arc-en-ciel, selon Wike, vise à élargir l’appui au président au-delà des frontières de l’APC, comme en témoignent les visites de figures extérieures comme Ademola Adeleke, gouverneur élu d’Osun.
Tinubu doit choisir entre deux écueils
Le président Tinubu, qui s’est jusqu’ici abstenu de toute intervention publique, se retrouve au cœur d’un dilemme. D’un côté, les gouverneurs contrôlent les structures locales, les réseaux de campagne et la base électorale dans leurs États. De l’autre, Wike incarne une stratégie visant à élargir l’audience du président au-delà de la base traditionnelle de l’APC. Le Conseil de campagne présidentielle (PCC) a déjà alerté sur les risques pour la campagne de 2027, sans que Tinubu n’ait encore tranché.
Un silence qui alimente la crise
Chaque jour sans décision de la part de Tinubu consolide le récit d’une division publique au sein de l’APC. Les accusations de corruption et d’inaction adressées par Wike aux gouverneurs, ainsi que la résolution formelle du PGF rejetant la coalition arc-en-ciel, ont transformé un désaccord interne en un enjeu ouvert, susceptible d’être exploité par l’opposition. Une médiation, dans le style de Tinubu face à d’autres conflits internes, pourrait permettre un compromis : reconnaître l’utilité de la coalition sans autoriser de candidats à concurrence directe avec les élus de l’APC.
Cependant, un tel accord exige des concessions de la part des deux camps, qui ont jusqu’ici refusé de céder. L’issue de cette crise dépendra de la capacité de Tinubu à imposer un règlement rapide, faute de quoi la fracture risque d’affaiblir la cohésion du parti à un moment crucial pour sa réélection.