Le projet de réhabilitation de la Corniche Ouest de Dakar, en vue des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) 2026, est au cœur d'un vif différend institutionnel. Momar Ndiaye, Directeur général de l’Aménagement urbain, conteste la légitimité de la municipalité dakaroise à intervenir sur ces emprises, rappelant que la gestion du domaine public maritime relève exclusivement de l'État sénégalais.
La primauté du droit sur le domaine public maritime
Selon Momar Ndiaye, l'intervention de la Ville de Dakar sur la Corniche Ouest manque de base légale. En s'appuyant sur la loi n° 76-66 du 2 juillet 1976, il souligne que le domaine public maritime, incluant les rivages et la bande des cent mètres, est inaliénable et imprescriptible. Dans ce cadre, l'AGETIP agit en tant que mandataire de l'État pour des projets déclarés d'utilité publique. Le Directeur général précise que la municipalité ne peut s'auto-autoriser à réaliser des aménagements sur ces zones, sous peine de voir ses ouvrages déclarés précaires et révocables.
Tensions institutionnelles et limites de la décentralisation
Le différend a pris une tournure verbale virulente, le maire de Dakar ayant qualifié l'action de l'AGETIP de « banditisme ». Une position jugée inacceptable par Momar Ndiaye, qui y voit une « faute institutionnelle grave ». Il rappelle que si les collectivités territoriales bénéficient d'une autonomie, elles restent soumises à la tutelle de l'État, une exigence constitutionnelle. Pour le responsable de l'aménagement urbain, la mairie peut formuler des propositions ou donner un avis, mais elle ne saurait se substituer aux services centraux de l'État dans la gestion des grands projets d'intérêt national.
L'impératif de coordination pour les JOJ 2026
Au-delà de la polémique, l'enjeu est financier et temporel. Le chantier de réhabilitation de la Corniche représente un investissement de 18,4 milliards de FCFA, avec une échéance critique fixée au 30 septembre. Momar Ndiaye déplore le choix de la confrontation, soulignant que l'AGETIP avait proposé des sites alternatifs pour l'installation d'équipements, notamment le don du gouvernement chinois. Il préconise désormais la mise en place d'un mécanisme de coordination permanent sous l'égide du ministère de l'Urbanisme. L'objectif est de sécuriser juridiquement les travaux tout en garantissant la livraison d'une infrastructure valorisée pour les JOJ 2026, dans un climat de responsabilité partagée entre l'État et les autorités locales.