Le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale des Nations Unies a franchi une étape majeure en affirmant que les États ont l'obligation juridique de mettre en œuvre des mesures de réparation pour la traite transatlantique. Cette nouvelle directive, fondée sur la convention de 1965, exige des actions concrètes pour remédier aux inégalités structurelles persistantes, indépendamment de la légalité des actes historiques au moment où ils ont été commis.
Un changement de paradigme juridique
Jusqu'à présent, de nombreux gouvernements s'appuyaient sur le principe d'intertemporalité pour rejeter les demandes de réparation, arguant que le droit international de l'époque ne prohibait pas l'esclavage. Le Comité rejette désormais cette défense : selon le document, les États sont tenus par leurs obligations actuelles en vertu de la convention de 1965 de traiter les effets durables de cette période. Il ne s'agit plus de débattre de la responsabilité historique, mais de répondre aux conséquences contemporaines de ce qui est qualifié comme le plus grand déplacement forcé de l'histoire, ayant concerné au moins 12,5 millions d'Africains.
Au-delà de la compensation financière
Le Comité souligne que les réparations ne peuvent se limiter à des versements financiers. L'approche préconisée est dite « transformative » et englobe une série de mesures structurelles. Parmi les recommandations figurent l'ouverture des archives historiques, la révision des monuments publics et la création de commissions de vérité indépendantes. L'objectif est de passer de simples expressions de regret à une refonte effective des politiques et des lois nationales.
Vers une judiciarisation des demandes
Ce document onusien, qui pourrait être cité dans les tribunaux, intervient dans un contexte de tensions diplomatiques marquées. En mars dernier, le Royaume-Uni et l'Union européenne se sont abstenus lors d'un vote sur une résolution liée à l'esclavage, illustrant la résistance persistante des puissances occidentales face à ces revendications. Pela Boker-Wilson, experte du Comité, insiste sur la nécessité d'actions tangibles pour restaurer la dignité des populations d'ascendance africaine, dont les souffrances ont été, selon elle, trop longtemps minimisées ou ignorées par les instances internationales.