Pour le colonel à la retraite Festus Aboagye, la faiblesse des résultats économiques de l'Afrique ne découle pas seulement de facteurs externes, mais d'une incapacité chronique des États à transformer leurs ressources en véritables leviers de négociation. Lors d'une intervention à l'Université des études professionnelles d'Accra, il a souligné l'urgence pour les gouvernements de professionnaliser leurs accords internationaux pour garantir des bénéfices à long terme.
La nécessité d'une expertise indépendante
Le colonel Aboagye pointe une carence structurelle : le manque de recours à une expertise technique indépendante lors de la signature de contrats majeurs. Il cite en exemple le cas d'un projet de centrale électrique au Ghana impliquant la Turquie, où l'intervention de l'Africa Centre for Energy Policy (ACEP) a permis de réduire significativement les coûts initiaux. Selon lui, les gouvernements doivent impérativement consulter des institutions spécialisées comme IMANI ou l'ACEP pour éviter que les intérêts partisans ou individuels des décideurs ne prennent le pas sur l'intérêt national.
Au-delà de la simple possession de ressources
L'argument central de l'expert est que la richesse en matières premières — or, pétrole ou cacao — ne confère aucune influence réelle si le pays ne contrôle pas la valeur ajoutée. Il met en garde contre une vision simpliste qui considérerait la jeunesse africaine comme un dividende démographique automatique. À l'instar de l'émigration des infirmiers ghanéens, il souligne que sans une stratégie nationale de rétention et de valorisation du capital humain, les investissements locaux finissent par profiter exclusivement aux économies étrangères.
Une stratégie de multi-alignement
Face à la compétition accrue entre les puissances mondiales (Chine, États-Unis, Union européenne, Russie, etc.) pour l'accès aux ressources africaines, le colonel Aboagye préconise une politique de « multi-alignement ». Plutôt que de s'inféoder à un partenaire unique, les États africains devraient exploiter cette concurrence pour maximiser leurs gains. Cette approche exige toutefois une capacité de négociation accrue, une indépendance fiscale et une légitimité intérieure forte.
Le défi de l'action collective
Enfin, l'ancien officier nuance l'importance géopolitique actuelle du continent. Si l'Afrique est de plus en plus courtisée, cette attention ne se traduit pas encore par une puissance réelle. Il déplore l'absence de coordination stratégique entre les 54 États membres de l'Union africaine, notamment au sein des institutions internationales comme le Conseil de sécurité des Nations unies. Pour lui, la capacité à agir de concert est la condition sine qua non pour que l'Afrique cesse d'être un simple spectateur des dynamiques mondiales et devienne un acteur capable d'imposer ses propres termes.