Le tribunal militaire de Bamako a condamné le colonel Alpha Yaya Sangaré à une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Cette décision fait suite à la publication d'un ouvrage traitant de la lutte contre le terrorisme, dans lequel l'officier mettait en cause la conduite des forces armées maliennes.
Un ouvrage au cœur des poursuites judiciaires
L'affaire trouve son origine dans la parution, fin 2023, du livre intitulé Mali : Le défi du terrorisme en Afrique. Dans cet ouvrage, le colonel Alpha Yaya Sangaré évoquait des exactions qui auraient été perpétrées par l'armée contre des populations civiles. Ces écrits ont conduit à son arrestation en mars 2024, alors qu'il était déjà sous le coup d'une radiation des effectifs des Forces armées maliennes, prononcée en décembre 2025.
Les chefs d'accusation retenus
Lors de son procès, qui s'est tenu à huis clos, l'officier a dû répondre de trois chefs d'accusation principaux : « trahison », « atteinte au crédit de l'État » et « diffusion de fausses nouvelles attribuées à des tiers ». Selon l'accusation, ces propos étaient de nature à ébranler la discipline et la cohésion au sein des forces de sécurité. À la barre, le colonel Sangaré a contesté l'ensemble des faits qui lui étaient reprochés, tandis que ses avocats ont plaidé pour un acquittement, arguant de l'absence d'éléments constitutifs des infractions visées.
Une sentence en deçà des réquisitions initiales
Si le verdict prononcé par le tribunal militaire est sévère, il marque une distinction notable avec les demandes du ministère public. Le parquet militaire avait en effet requis la peine de mort à l'encontre de l'officier. En fixant la peine à vingt ans de prison, les juges ont choisi de ne pas suivre la rigueur maximale demandée par l'accusation, tout en sanctionnant les écrits de l'ancien colonel. Cette condamnation souligne la tension persistante entre le devoir de réserve des militaires et la liberté d'analyse sur les opérations de sécurité nationale.