Le collectif citoyen Noo Lank a formellement interpellé l'État sénégalais face à la recrudescence des délestages qui paralysent les activités économiques et le quotidien des ménages. Au-delà des explications conjoncturelles avancées par les autorités, le collectif exige une refonte de la gouvernance énergétique, réclamant transparence, planification rigoureuse et respect des engagements législatifs.
L'impact économique des coupures répétées
Pour le collectif, la fourniture d'électricité est une obligation de service public dont la défaillance actuelle fragilise l'ensemble du tissu économique. Les petites et moyennes entreprises, ainsi que les travailleurs indépendants, subissent des pertes directes de chiffre d'affaires et des coûts opérationnels accrus liés à l'usage de solutions alternatives comme les groupes électrogènes. Les secteurs dépendant de la chaîne du froid sont particulièrement exposés, subissant des pertes de marchandises qui compromettent la viabilité de nombreuses activités.
Retards dans la réforme institutionnelle
Noo Lank pointe du doigt le non-respect de la loi n° 2021-31 portant Code de l'électricité. Plus de soixante mois après son entrée en vigueur, la séparation fonctionnelle de la société nationale d'électricité — devant aboutir à la création d'une holding et de trois filiales dédiées à la production, au transport et à la distribution — n'est toujours pas effective. Le collectif presse l'État de présenter un calendrier contraignant pour finaliser cette restructuration, jugée indispensable pour moderniser le secteur.
Transparence et gestion du Fonds de soutien
La gouvernance financière du secteur est également au cœur des revendications. Le collectif demande un audit indépendant du Fonds de soutien au secteur de l'énergie (FSE) et réclame son transfert sous la tutelle du ministère chargé de l'Énergie, plutôt que celle du ministère des Finances. Cette mesure viserait à renforcer la cohérence entre la stratégie énergétique nationale et les mécanismes de financement. Par ailleurs, la publication du Plan intégré à moindre coût (PIMC) est exigée pour garantir une meilleure visibilité sur les investissements futurs.
Défis de la souveraineté énergétique
Le collectif s'interroge sur l'articulation des grands projets structurants, tels que la centrale West African Energy ou le projet gazier Yaakaar-Teranga, avec les objectifs de souveraineté du pays. Alors que ces infrastructures peinent à sécuriser l'approvisionnement, Noo Lank appelle à une rupture avec l'improvisation. Pour les citoyens, l'enjeu est de passer d'une gestion réactive des pannes à une politique énergétique prévisible, capable de garantir une stabilité durable indispensable au développement national.