Le chômage des diplômés tchadiens coûte des milliards : l’État gaspille-t-il son investissement éducatif ?

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 46 lectures
Le chômage des diplômés tchadiens coûte des milliards : l’État gaspille-t-il son investissement éducatif ?

Avec 75 000 diplômés tchadiens sans emploi et un taux d’inactivité des jeunes de 60 %, le chômage des élites éduquées devient un fardeau économique pour le Tchad. L’État dépense des milliards pour former des compétences, mais le marché du travail ne les absorbe pas, creusant un déficit de productivité nationale.

75 000 diplômés en quête d’emploi : l’échec silencieux du système

Chaque année, le Tchad investit massivement dans l’éducation, mais les résultats sur le marché du travail restent désastreux. Selon la Banque mondiale, près de 75 000 diplômés, issus des filières scientifiques et technologiques comme des humanités, peinent à trouver un emploi stable plusieurs années après l’obtention de leur diplôme. Ce chiffre, déjà alarmant, ne représente qu’une partie de la réalité : en 2022, 37 % des jeunes tchadiens âgés de 15 à 24 ans étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation, tandis que l’inactivité dans cette tranche d’âge atteignait près de 60 %.

Le paradoxe est frappant : malgré des dépenses publiques et familiales colossales, le système éducatif tchadien échoue à transformer ses diplômés en actifs productifs. Pire, le chômage des élites éduquées s’accompagne d’un gaspillage des ressources investies dans leur formation.

Un marché du travail en trompe-l’œil : l’informel masque la crise

Les statistiques officielles, comme le taux de chômage de 1,1 % projeté par l’OIT pour 2025, donnent une image trompeuse de la situation. Ce chiffre s’explique par la domination écrasante du secteur informel, qui représente 88 % des emplois au Tchad. Un diplômé contraint de vendre des produits de rue ou d’exercer une activité précaire est comptabilisé comme « employé », alors que ses compétences restent sous-utilisées. Cette distorsion statistique occulte une réalité bien plus sombre : celle d’une jeunesse diplômée condamnée à la précarité ou à l’exil professionnel.

Le problème ne se limite pas à un manque d’emplois, mais à une inadéquation structurelle entre l’offre de formation et la demande du marché. Les filières universitaires, souvent déconnectées des besoins économiques, produisent des profils que le secteur privé et public ne peuvent absorber.

Capital humain gaspillé : le Tchad rate son pari éducatif

Former un diplômé au Tchad représente un coût élevé : salaires des enseignants, infrastructures, bourses, équipements et services administratifs mobilisent des ressources publiques et familiales considérables. Pourtant, lorsque ces jeunes restent sans emploi pendant des années, le pays subit une perte sèche sur le rendement de cet investissement. La Banque mondiale souligne cette inefficacité avec un indice de capital humain de 0,30, indiquant qu’un enfant tchadien né aujourd’hui n’atteindra que 30 % de sa productivité potentielle dans les conditions actuelles d’éducation et de santé.

Ce double échec – formation insuffisante et exploitation médiocre du capital humain formé – aggrave les inégalités et freine la croissance. Les familles, souvent modestes, sacrifient des années de revenus pour scolariser leurs enfants, dans l’espoir d’un avenir meilleur. Mais sans débouchés professionnels, ces sacrifices se transforment en dettes invisibles, tandis que l’État voit ses investissements s’évaporer sans retour sur investissement.

Vers une refonte urgente des politiques éducatives et économiques

Le chômage des diplômés tchadiens n’est pas une fatalité, mais le symptôme d’un système éducatif et économique défaillant. Plusieurs pistes pourraient inverser la tendance : aligner les formations sur les besoins du marché, renforcer les partenariats entre universités et entreprises, et développer des secteurs porteurs comme l’agro-industrie ou les technologies vertes. Sans une réforme en profondeur, le Tchad continuera de gaspiller son potentiel humain, tandis que sa jeunesse, de plus en plus frustrée, pourrait se tourner vers des solutions radicales ou l’exil. Le coût de l’inaction dépasse largement celui des réformes nécessaires.

Le Briefing KUMBA

L'essentiel de l'actu panafricaine, chaque matin par email.

Discussion

Commentaires

Les commentaires sont modérés avant publication. Respectez les personnes et le débat.

Aucun commentaire publié pour le moment.

Soyez le premier à participer à la discussion.

Votre pays

KUMBA priorisera les contenus de ce pays.

Aucun pays trouvé.