Le chef de la police métropolitaine de Londres, Sir Mark Rowley, a lancé un avertissement sévère concernant l'état actuel des forces de l'ordre en Angleterre et au Pays de Galles. Face à une criminalité de plus en plus sophistiquée et transfrontalière, il préconise une refonte structurelle profonde pour éviter un échec systémique à court terme.
Une architecture héritée des années 1960
Le modèle actuel, composé de 43 forces de police distinctes, est jugé inadapté aux menaces contemporaines telles que la cybercriminalité, les réseaux de fraude organisée et les réseaux internationaux. Sir Mark Rowley propose de remplacer ce découpage par une structure à trois niveaux : des équipes locales dédiées à la proximité, des forces régionales mutualisant les ressources spécialisées, et un nouveau Service national de police pour traiter les crimes les plus graves. Selon lui, le maintien du statu quo équivaut à une dégradation quotidienne de l'efficacité policière.
Le défi du financement et des ressources
Au-delà de l'organisation, le débat porte sur la baisse des moyens alloués à la sécurité intérieure. Sir Mark souligne que les dépenses consacrées à la police sont passées de 0,9 % à 0,7 % du PIB depuis 2010. Il insiste toutefois sur le fait qu'une simple injection de fonds dans le système actuel serait insuffisante : sans une restructuration visant à réduire les doublons et à moderniser les technologies vieillissantes, les forces resteront entravées par des charges administratives et sociales croissantes, au détriment de la présence sur le terrain.
Des résistances politiques et locales
La proposition de fusionner les forces en entités régionales plus vastes suscite une vive opposition. Plusieurs commissaires de police locaux craignent une « manœuvre politique » qui éloignerait les services des citoyens et détournerait des ressources essentielles des zones rurales au profit de structures nationales. L'Association des commissaires de police (APCC) a également exprimé des doutes, soutenant la nécessité d'une modernisation tout en rejetant l'idée de « méga-forces » régionales. Le gouvernement, par la voix du ministère de l'Intérieur, reconnaît que le modèle actuel n'est plus adapté, mais le silence du Premier ministre Andy Burnham sur ces plans spécifiques laisse planer une incertitude sur l'avenir de cette réforme majeure.