La Haute Cour du Kenya a déclaré le chef de la police, Douglas Kanja, coupable d'outrage à magistrat pour avoir omis de respecter une injonction imposant une notification publique préalable avant toute mise en place de barrages routiers. Cette décision fait suite aux restrictions de circulation imposées lors des manifestations du 25 juin 2026 à Nairobi, marquant un tournant dans le bras de fer entre les autorités sécuritaires et le respect des libertés constitutionnelles.
Une obligation de transparence bafouée
L'affaire trouve son origine dans une ordonnance rendue le 9 juillet 2025 par le juge Lawrence Mugambi, qui exigeait du Service national de police qu'il informe systématiquement la population avant d'ériger des barricades d'urgence. Saisie par l'Institut Katiba, la juge Patricia Nyaundi a estimé que Douglas Kanja a failli à ses responsabilités en ne garantissant pas cette transparence lors des commémorations du 25 juin 2026. La magistrate a rejeté l'argument selon lequel ces mesures relevaient de procédures opérationnelles internes, rappelant que celles-ci ne sauraient en aucun cas prévaloir sur une décision de justice.
Le refus de la hiérarchie policière de se justifier
La condamnation repose également sur le silence du chef de la police face aux accusations de non-conformité. La juge Nyaundi a souligné que Douglas Kanja n'a fourni aucune explication sur les mesures prises pour assurer l'application de l'ordonnance, qualifiant ce mutisme de « défaillance constitutionnelle ». Bien que le commandant régional de la police de Nairobi ait tenté de justifier les barrages par des impératifs de sécurité imprévus, la cour a estimé que ces actions, menées sans préavis, constituaient une entrave injustifiée à la liberté de mouvement des citoyens.
L'autorité judiciaire au cœur de l'État de droit
En invoquant les articles 10, 24 et 244 de la Constitution kényane, la juge a rappelé que toute limitation des droits fondamentaux doit être raisonnable, justifiable et équitable. Pour la cour, le respect des décisions judiciaires est le pilier indispensable de l'État de droit ; sans cette obéissance, les garanties constitutionnelles ne seraient qu'une « promesse creuse ». La juge a insisté sur le fait que la procédure d'outrage vise avant tout à protéger l'intégrité du processus judiciaire.
Prochaines étapes judiciaires
La sentence finale n'a pas encore été prononcée. Douglas Kanja a reçu l'ordre de comparaître devant la Haute Cour le 22 septembre 2026. Cette audience sera consacrée à la phase de mitigation, au cours de laquelle le chef de la police devra répondre de ses actes avant que la sanction ne soit fixée par la magistrate. Ce dossier est désormais suivi de près comme un test de la capacité de la justice kényane à faire respecter ses décisions face aux forces de sécurité.