Face à la montée des discours clivants, le chef de la mission Ahmadiyya au Ghana, Alhaji Maulvi Noor Mohammed Bin Salih, a lancé un appel solennel à la responsabilité. Lors d'un rassemblement à Wa, dans la région du Haut-Ghana occidental, il a mis en garde contre le risque que les tensions religieuses ne deviennent une menace plus destructrice pour la stabilité du pays que les débats politiques partisans.
La morale comme socle de la construction nationale
Pour le leader religieux, la moralité ne doit pas être confondue avec la simple pratique confessionnelle. Il définit l'acte moral comme une décision consciente et délibérée visant le bien commun, plutôt qu'un comportement instinctif. Selon lui, cette éthique doit être transmise au sein du foyer, où les parents jouent un rôle déterminant dans la formation des futurs citoyens. Il a rappelé que le patriotisme est une composante essentielle de la foi, soulignant que chaque génération a le devoir de préserver l'héritage de paix légué par ses prédécesseurs pour les générations futures.
Le péril des discours de division
Tout en reconnaissant la légitimité du débat politique, qui permet de choisir des représentants pour gérer les affaires collectives, Alhaji Bin Salih s'est inquiété de l'émergence de « tambours de guerre » au sein des sphères religieuses. Il a insisté sur le fait que les guerres de religion sont parmi les conflits les plus dévastateurs pour une nation. Il a interrogé la pertinence de ces divisions, rappelant que la coexistence pacifique entre musulmans et chrétiens est une réalité historique ancrée dans les familles et les communautés ghanéennes.
L'héritage de l'intégration ghanéenne
En évoquant le modèle d'intégration promu par le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah, le chef de la mission a souligné l'importance des institutions éducatives, comme l'école Achimota, dans le brassage des populations. Ces espaces ont permis à des enfants issus de milieux sociaux, ethniques et géographiques divers de se rencontrer et de se construire ensemble en tant que Ghanéens. Il a encouragé les membres de sa communauté, malgré leur poids numérique modeste, à agir comme un levier de transformation morale pour le pays.
La tolérance comme réponse aux provocations
Enfin, le leader a prôné une attitude de retenue face aux provocations, citant l'exemple du Prophète Muhammad qui, selon lui, a toujours privilégié le pardon et la réconciliation, même face à la persécution. Il a conclu en rappelant aux aînés de la communauté leur responsabilité directe dans la stabilité du pays : « Le futur du Ghana est entre nos mains. Si le pays échoue, c'est que nous avons échoué. »