Le Service judiciaire du Ghana a réaffirmé l’engagement du chef de la justice, Paul Baffoe‑Bonnie, à garantir l’intégrité et l’indépendance de la magistrature après une vague de critiques liées à ses observations sur la performance de plusieurs entreprises publiques. Les propos tenus lors d’une visite officielle aux institutions SSNIT et MIIF ont suscité un débat sur la neutralité du pouvoir judiciaire et sur la frontière entre analyse institutionnelle et prise de position politique.
Déclaration officielle et rappel d’engagement
Dans un communiqué publié le 4 septembre, le Service judiciaire a indiqué que le chef de la justice avait pris note de la « réaction publique mitigée » à ses remarques faites lors d’une séance d’« outreach ». L’institution a souligné que les propos étaient exprimés de bonne foi, sans intention de compromettre l’indépendance de la justice, et a rappelé que le magistrat reste attaché à la promotion de la justice et de l’égalité devant la loi.
Remarques du chef de la justice et réactions partisanes
Le 2 septembre, lors de sa visite au Fonds d’investissement des revenus miniers (MIIF), le juge Baffoe‑Bonnie a félicité l’institution et d’autres entreprises publiques pour leurs améliorations opérationnelles, déclarant qu’elles le poussaient à s’interroger sur les performances du Ghana au cours des huit dernières années. Il a également comparé la situation actuelle du Service de sécurité sociale (SSNIT) à des tentatives antérieures de cession d’actifs, comme l’hôtel Labadi Beach. Ces observations ont été perçues par le parti d’opposition New Patriotic Party (NPP) comme un soutien implicite au parti au pouvoir, le National Democratic Congress (NDC). Le NPP a ainsi demandé la démission du chef de la justice, le qualifiant d’« indiscrétion malheureuse » et mettant en doute sa capacité à présider des affaires politiquement sensibles. Le député Nana Adjei Baffour Awuah, membre du Comité des affaires constitutionnelles et juridiques, a rejoint cette critique, soulignant le risque d’érosion de la neutralité judiciaire. Le centre de surveillance démocratique CDD‑Ghana a également appelé le magistrat à faire preuve de retenue afin de préserver la crédibilité de la justice.
Défenses et appels à la retenue
Des voix favorables au chef de la justice ont toutefois émergé. Franklin Cudjoe, président d’IMANI Africa, a contesté l’interprétation politique des propos, rappelant que les performances des institutions publiques peuvent être évaluées objectivement à partir de données disponibles. Le porte‑parole du NDC, Mustapha Gbande, a rejeté la demande de démission, arguant que les remarques ne justifiaient pas une telle mesure. De même, l’avocat du NDC Hamza Suhuyini a soutenu que le dialogue avec les entités publiques fait partie des responsabilités du chef de la justice, visant à renforcer la coopération institutionnelle. Le débat reste ouvert quant à la frontière entre l’analyse institutionnelle légitime et le risque de politisation du pouvoir judiciaire, un enjeu crucial pour la perception de l’indépendance judiciaire au Ghana.