Les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis basculent dans une escalade tarifaire après l’échec des dernières négociations. Ottawa applique désormais des surtaxes équivalentes à celles imposées par Washington, plongeant les deux partenaires dans une crise aux conséquences économiques immédiates.
Des surtaxes de 50% qui ciblent des secteurs stratégiques
Les États-Unis ont instauré samedi des droits de douane de 50% sur plusieurs produits canadiens, dont le ciment et les crosses de hockey, une mesure présentée comme une réponse à des pratiques commerciales jugées déloyales. Ces surtaxes, initialement prévues pour mercredi, ont été reportées de trois jours à la demande de Donald Trump, dans l’espoir d’éviter une escalade. Pourtant, les négociations de la dernière chance ont échoué vendredi soir, déclenchant l’entrée en vigueur des mesures à minuit.
Selon des estimations, ces droits de douane touchent environ 20 milliards de dollars d’exportations canadiennes, soit 5,5% du total des ventes vers les États-Unis. Les secteurs de l’aluminium, de l’acier et de l’automobile, déjà fragilisés par des mesures similaires depuis 2025, sont particulièrement exposés. Ces nouvelles taxes ciblent également des produits normalement protégés par l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), révélant une volonté américaine de contourner les règles du libre-échange.
Ottawa refuse un accord « injuste » et riposte au dollar près
Le premier ministre canadien Mark Carney a justifié le refus d’Ottawa par des « modifications de dernière minute » apportées par Washington aux conditions proposées. Ces changements, qualifiés d’« injustes » et de « non économiques » par le gouvernement canadien, ont sapé la confiance dans la fiabilité des engagements américains. En réponse, Ottawa a annoncé l’application de droits de douane équivalents, « au dollar près », contre les exportations américaines.
Le ministre du Commerce canadien, Dominic LeBlanc, avait passé la semaine à Washington pour tenter d’éviter cette crise, tandis que le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, dénonçait un « bouleversement du fragile équilibre » obtenu après des jours de tractations. Les États-Unis avaient pourtant proposé d’abaisser certains droits de douane sectoriels en échange de concessions canadiennes, sans que ces dernières ne soient détaillées.
L’ACEUM dans la tourmente et la quête d’autonomie du Canada
Cette escalade survient alors que les deux pays doivent renégocier l’avenir de l’ACEUM, que Washington a déjà refusé de prolonger durablement le mois dernier. Les tensions commerciales s’ajoutent à une relation déjà tendue depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, qui a multiplié les déclarations visant à intégrer le Canada dans une sphère d’influence américaine.
Face à cette dépendance économique – les États-Unis absorbent 70% des exportations canadiennes –, Mark Carney tente depuis 2025 de diversifier les partenariats commerciaux du Canada, notamment en Asie et en Europe. Pourtant, la crise actuelle montre la vulnérabilité persistante du pays, dont les provinces, compétentes en matière de régulation des alcools, résistent encore à certaines demandes américaines, comme la fin du boycott des vins et spiritueux en provenance des États-Unis.
Un risque de contagion pour les chaînes d’approvisionnement
Les surtaxes américaines et la riposte canadienne pourraient perturber davantage les chaînes d’approvisionnement nord-américaines, déjà mises à mal par des années de tensions commerciales. Les industries automobile et manufacturière, étroitement liées entre les deux pays, sont particulièrement exposées à un ralentissement des échanges. Cette nouvelle brèche dans l’ACEUM pourrait aussi inciter d’autres partenaires à remettre en cause les règles du libre-échange, fragilisant un accord déjà fragilisé.