L’échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis a plongé les deux pays dans une guerre tarifaire aux enjeux économiques et politiques majeurs. Washington impose désormais des droits de douane de 50 % sur des produits canadiens, tandis qu’Ottawa riposte « dollar pour dollar », risquant d’aggraver les tensions déjà vives entre les deux partenaires historiques.
Des négociations rompues après des accusations mutuelles
Les discussions, qui semblaient sur le point d’aboutir en début de semaine, se sont effondrées vendredi dernier après que les deux parties se sont accusées de modifications de dernière minute dans les propositions. Le Premier ministre canadien Mark Carney a dénoncé des changements « injustes » et « non économiques », tandis que les négociateurs américains ont évoqué de « nouvelles exigences » et des « reculs » de la part du Canada. Ces désaccords ont conduit à l’imposition immédiate de tarifs douaniers américains de 50 % sur une série de produits canadiens, incluant le vin, les produits laitiers, le ciment, les vêtements et l’équipement de hockey.
Ottawa contre-attaque avec des mesures symétriques
Face à cette escalade, Mark Carney a annoncé samedi que le Canada riposterait « dollar pour dollar » à partir du 8 septembre, ciblant notamment l’acier, les produits laitiers, les appareils électroménagers et l’électronique. Le Premier ministre a qualifié cette décision de mesure de protection « reluctantly » prise pour défendre les intérêts nationaux. Plusieurs dirigeants provinciaux, dont ceux de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et du Québec, ont apporté leur soutien à cette position, certains évoquant même une tentative américaine de réduire le Canada au statut de « 51e État ».
Un impact limité mais symbolique sur les échanges bilatéraux
Les nouveaux tarifs américains concernent environ 5 % des importations canadiennes, soit un volume estimé à 28 milliards de dollars canadiens. Bien que leur portée soit restreinte, ces mesures s’ajoutent à des droits de douane déjà existants sur l’acier, l’aluminium, les automobiles et le bois d’œuvre. Les analystes soulignent que, malgré leur ampleur modérée, ces tarifs risquent de perturber davantage une relation commerciale déjà fragilisée, fondée sur un échange annuel de 1 600 milliards de dollars au sein de l’USMCA, l’accord de libre-échange nord-américain.
L’USMCA, un pacte menacé par les tensions
Le conflit survient dans un contexte de tensions autour de la renégociation de l’USMCA, signé par Donald Trump lors de son premier mandat pour remplacer l’ALÉNA. Le Canada et le Mexique avaient demandé en juin dernier le renouvellement de l’accord pour seize ans, mais les États-Unis ont refusé cette proposition. Mark Carney a reconnu que l’échec des négociations commerciales « n’est certainly pas une bonne nouvelle » pour le pacte trinational, déjà fragilisé par les désaccords persistants. La situation laisse planer le doute sur l’avenir d’un accord qui structure près de 1 200 milliards de livres sterling d’échanges annuels entre les trois pays.