Le Cameroun franchit une étape stratégique dans la transformation de son secteur agricole en lançant l'Investment Development & PES Hub. Ce mécanisme vise à attirer 16,5 milliards de FCFA de financements privés d'ici 2030 pour soutenir des pratiques agricoles résilientes, tout en garantissant la préservation des écosystèmes forestiers.
Un levier pour attirer les capitaux privés
Le dispositif, placé sous la tutelle du ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (MINEPAT), s'appuie sur un financement initial de 14 milliards de FCFA fourni par l'Initiative forestière pour l'Afrique centrale (CAFI). L'objectif est de structurer des projets agricoles bancables pour convaincre les investisseurs privés et les financeurs climatiques. En préparant techniquement les PME et coopératives, le Hub cherche à lever le principal frein actuel : la difficulté d'accès au crédit pour les acteurs du monde rural.
La filière cacao comme moteur de transformation
Forte de son expérience dans le secteur du cacao, l'Initiative pour le commerce durable (IDH) pilote ce déploiement. La stratégie repose sur la valorisation des données de production pour sécuriser les investissements. En liant la performance économique des exploitations à des pratiques respectueuses de l'environnement, le projet permet aux petits producteurs de dégager une plus-value directe liée à la conservation des forêts. Le programme prévoit un accompagnement technique et du capital d'amorçage pour structurer ces modèles économiques.
Des objectifs ambitieux pour 2030
Au-delà du financement, le projet affiche des ambitions sociales et environnementales concrètes. À l'horizon 2030, le dispositif vise l'adoption de méthodes sans déforestation sur près de 10 000 hectares, complétées par 7 000 hectares dédiés au reboisement et à la restauration des sols. Ces efforts de conservation et d'agroforesterie sont conçus pour générer des revenus directs via des paiements pour services environnementaux. Le succès de cette initiative se mesurerait, à terme, par la création de 3 000 emplois et une augmentation de 10 % des revenus des producteurs locaux.
Un modèle de développement à valider
Le gouvernement camerounais considère cette phase pilote comme un test grandeur nature pour prouver la viabilité d'une agriculture intensive qui ne sacrifie pas son capital forestier. Si le modèle démontre sa capacité à convertir les investissements en résultats tangibles sur le terrain, il pourrait servir de référence pour d'autres spéculations agricoles au-delà de la filière cacao. L'enjeu majeur reste la capacité des acteurs publics et privés à collaborer pour faire de la protection de la nature un actif financier attractif et durable.