Le Cameroun traverse une période critique marquée par une multiplication des féminicides, avec huit cas recensés en seulement huit jours. Cette vague de violences conjugales, qui a déjà coûté la vie à 50 femmes entre janvier et avril de cette année, suscite une indignation nationale et place le gouvernement face à ses responsabilités en matière de protection des citoyennes.
Une mobilisation citoyenne contre l'impunité
La célèbre footballeuse camerounaise Nchout Njoya Ajara a brisé le silence, qualifiant cette situation de « vague tragique » et affirmant que l'inaction équivaut à une complicité. Son intervention souligne l'urgence d'une prise de conscience collective. Cette mobilisation est relayée par des acteurs de la société civile, comme l'Association Mani SOS Veuves et Femmes Violentées, qui alerte sur les conséquences dévastatrices de ces drames sur les familles et les enfants, souvent témoins ou victimes collatérales de ces violences.
Le défi de la qualification juridique
Au cœur du débat se trouve l'absence de définition juridique précise du « féminicide » dans le droit camerounais. Me Daniel Pene Noudjom, avocate au barreau, plaide pour une réforme législative permettant de nommer et de réprimer spécifiquement ces crimes. En parallèle, le Barreau a mis en place une cellule dédiée pour accompagner les victimes, palliant ainsi certaines carences institutionnelles dans la prise en charge des violences domestiques.
L'attente d'une réponse gouvernementale
Le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille a annoncé l'élaboration d'un projet de loi visant à renforcer la protection contre les violences basées sur le genre. La ministre Marie-Thérèse Abena Ondoa espère une soumission du texte au Parlement lors de la session de novembre. Toutefois, cette échéance est accueillie avec scepticisme par les organisations de défense des droits des femmes, qui pointent la lenteur administrative et la priorité donnée aux débats budgétaires lors de cette session parlementaire.
Critiques politiques et institutionnelles
La gestion de cette crise est également au centre des tensions politiques. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) a dénoncé une « passivité coupable » des autorités. Face à cette défiance, des voix au sein de la société civile, à l'instar de Viviane Tathi, réclament des mesures structurelles fortes, telles que la création de tribunaux spécialisés dans les conflits familiaux, afin de prévenir l'escalade meurtrière des violences conjugales.