Le Cambodge affirme avoir éradiqué les centres de cyberfraude, mais les experts restent sceptiques

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 51 lectures
Le Cambodge affirme avoir éradiqué les centres de cyberfraude, mais les experts restent sceptiques

Phnom Penh affirme avoir mis fin aux centres de cyberfraude qui ont fait du Cambodge une plaque tournante mondiale du crime en ligne, mais cette annonce est accueillie avec un scepticisme marqué par les ONG et les experts.

Une déclaration gouvernementale contestée

Le gouvernement cambodgien, par la voix du ministre senior Chhay Sinarith, a annoncé jeudi devant 50 diplomates et responsables internationaux que les « activités de cyberfraude à grande échelle » étaient désormais « pleinement maîtrisées » et qu’aucun centre de scam n’existait plus dans le pays. Cette déclaration s’appuie sur des actions judiciaires massives : entre juillet 2025 et août 2026, les autorités ont inspecté 793 sites suspects et mené 624 raids, conduisant à l’arrestation de près de 30 000 suspects de 39 nationalités. Plus de 58 000 étrangers ont été secourus et expulsés, tandis que 3 477 personnes de 29 nationalités ont été incarcérées en attendant leur procès.

Des opérations désormais décentralisées et difficiles à traquer

Le communiqué reconnaît cependant que les groupes criminels se sont adaptés en dispersant leurs activités dans des logements privés, des cafés ou des véhicules. Une stratégie qui complique leur détection et leur démantèlement. Ces centres, souvent gérés par des syndicats criminels chinois, s’étaient multipliés au Cambodge, au Laos, aux Philippines et le long de la frontière thaïlando-myanmaraise depuis la pandémie.

Le doute des observateurs internationaux

Amnesty International et des experts indépendants comme Mark Taylor, consultant en lutte contre la traite humaine, remettent en cause la crédibilité de cette annonce. Pour Montse Ferrer, directrice régionale adjointe d’Amnesty, « le vrai test de succès n’est pas le nombre de centres fermés, mais l’identification, la poursuite et la prévention de la reprise des activités par les responsables ». Taylor souligne que des « indicateurs crédibles » suggèrent que des opérations de grande ampleur persistent, tout comme le recrutement de travailleurs étrangers à des fins de fraude.

Un cadre juridique renforcé, mais une crédibilité fragile

Le gouvernement cambodgien met en avant la mise en place d’un « cadre juridique de cybersécurité » et des « actions légales strictes » contre les réseaux criminels. Pourtant, l’absence de vérification indépendante et les témoignages d’experts laissent planer un doute persistant sur l’efficacité réelle de ces mesures. La communauté internationale, déjà critique envers le régime cambodgien pour son autoritarisme croissant, pourrait exiger des preuves tangibles avant de valider cette avancée.

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