Le Burkina Faso a franchi une étape décisive dans la gestion de ses ressources minières avec l'inauguration de la raffinerie RAFFINOR-BF à Ouagadougou. Ce projet industriel, porté par l'État et des partenaires privés, marque la volonté des autorités de rompre avec le modèle d'exportation de matières premières brutes pour capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
Une infrastructure au service de la souveraineté économique
Inaugurée par le capitaine Ibrahim Traoré, cette unité de raffinage représente un investissement de plus de 19 millions de dollars. Dotée d'une capacité actuelle de 164 tonnes d'or par an, l'installation est conçue pour produire des lingots d'une pureté de 99,9 %, répondant ainsi aux standards internationaux. Le ministre des Mines, Yacouba Gouba, a précisé que le gouvernement ambitionne de porter cette capacité à 515 tonnes dans les années à venir, avec l'objectif affiché de transformer non seulement la production nationale, mais également d'attirer l'or provenant d'autres pays de la sous-région.
Reprendre le contrôle de la chaîne de valeur
Pour le gouvernement burkinabè, ce projet est une réponse directe à la dépendance historique vis-à-vis des marchés extérieurs. En tant que troisième producteur d'or du continent, avec une production dépassant les 94 tonnes en 2025, le pays cherche à sécuriser ses revenus et à mieux réguler un secteur minier souvent marqué par l'informalité. Cette initiative s'inscrit dans une stratégie globale de renforcement de l'implication de l'État dans l'industrie, illustrée par la récente augmentation de la participation publique dans les projets miniers, passée de 10 à 15 %, et la création d'une réserve nationale d'or.
Sécurisation des flux et lutte contre les trafics
Au-delà de l'enjeu économique, la raffinerie constitue un levier de sécurité publique. Les autorités burkinabè ont souligné que l'or extrait illégalement est parfois utilisé pour financer des groupes armés opérant dans le pays. En centralisant le raffinage, l'État espère mieux tracer les flux de métaux précieux et limiter les activités de trafic illicite. La gestion du projet, assurée par la Société nationale des substances précieuses (SONASP) en collaboration avec le secteur privé, vise à transformer le pays en un hub régional de raffinage, permettant ainsi au Burkina Faso de « reprendre les clés de sa propre maison » selon les termes des autorités lors de la cérémonie d'ouverture.