Le Burkina Faso a officiellement inauguré sa première raffinerie d'or à Ouagadougou, marquant une étape stratégique dans la volonté des autorités de transformer localement les ressources minières du pays. Ce projet, baptisé Raffinor-BF, ambitionne de mettre fin à l'exportation systématique de matières premières brutes et de renforcer la souveraineté économique nationale.
Un investissement pour la souveraineté minière
La nouvelle infrastructure, dont le coût s'élève à plus de 11 milliards de francs CFA, a été financée par l'État burkinabè, via la Société nationale des métaux précieux (Sonasp), en partenariat avec des acteurs du secteur privé local. Avec une capacité initiale de 164 tonnes par an, l'usine dépasse largement la production actuelle du pays. Le gouvernement prévoit d'atteindre à terme une capacité de 515 tonnes, affichant ainsi l'ambition de transformer le Burkina Faso en un hub régional de raffinage pour les pays voisins.
Réguler le secteur et assécher les financements illicites
Au-delà de l'enjeu industriel, cette raffinerie est un outil de régulation pour un secteur minier artisanal souvent marqué par la contrebande. Le gouvernement burkinabè souligne que le commerce informel de l'or contribue au financement de l'insurrection armée qui déstabilise le pays depuis plusieurs années. En centralisant le raffinage, les autorités espèrent mieux comptabiliser la production nationale et sécuriser les revenus de l'État, tout en réorganisant un secteur où les exportations artisanales avaient été suspendues en 2024 pour assainir les circuits commerciaux.
Une stratégie nationale de transformation locale
Cette inauguration s'inscrit dans un programme économique plus large porté par le capitaine Ibrahim Traoré, axé sur la transformation locale des matières premières, incluant également le coton, le textile et l'agroalimentaire. Le gouvernement a par ailleurs imposé aux entreprises minières étrangères de céder 15 % de leurs parts à l'État et de renforcer la formation des travailleurs locaux. Cette dynamique de transformation sur place est partagée par d'autres nations ouest-africaines, comme le Mali, la Guinée, le Ghana ou la Côte d'Ivoire, qui cherchent toutes à capter une plus grande part de la valeur ajoutée de leur production aurifère dans un contexte de cours internationaux historiquement élevés.