Le Burkina Faso franchit une étape décisive pour renforcer son système de santé face à la multiplication des risques toxicologiques. L'Agence nationale pour la sécurité sanitaire de l'environnement, de l'alimentation, du travail et des produits de santé (ANSSEAT) a lancé, avec l'appui de l'Institut national de santé publique (INSP), les travaux de conception d'un futur centre antipoison national.
Une réponse structurelle aux drames sanitaires
La création de cette structure répond à un besoin urgent de sécurité sanitaire, mis en lumière par plusieurs tragédies collectives ces dernières années. Des incidents alimentaires, comme ceux survenus à Gourcy en 2017 ou à Boussé en juillet 2026, ont révélé les limites du système actuel de prise en charge. Au-delà des intoxications humaines, les enjeux environnementaux, tels que la pollution des cours d'eau par des produits chimiques, soulignent la nécessité d'une expertise centralisée pour diagnostiquer et traiter rapidement les expositions aux substances toxiques.
Un dispositif multisectoriel de prévention et d'urgence
Le futur centre antipoison ne se limitera pas à une fonction curative. Selon le Dr Dimitri Méda, directeur de toxicologie à l'ANSSEAT, l'institution sera articulée autour de trois piliers : la prévention par l'éducation et la sensibilisation aux risques chimiques, la prise en charge rapide des victimes via un dispositif d'appel disponible 24h/24, et la recherche continue sur les nouveaux produits. Cette approche vise à combler le déficit actuel de données fiables, qui freine jusqu'ici l'élaboration de politiques publiques de prévention adaptées.
Souveraineté sanitaire et collaboration internationale
Inscrit dans la volonté de l'État de garantir une souveraineté sanitaire, ce projet bénéficie d'un soutien stratégique de partenaires internationaux, dont CDC Africa, l'OMS et l'UNICEF. L'atelier de réflexion tenu à Ouagadougou le 4 septembre 2026 a permis de mobiliser les acteurs-clés de l'agriculture, de l'industrie, de l'environnement et du milieu hospitalier. L'objectif est de définir une feuille de route inclusive pour garantir une mise en œuvre coordonnée. Si le laboratoire de toxicologie de l'ANSSEAT constitue déjà un socle technique, l'opérationnalisation du centre antipoison est présentée comme le maillon manquant pour assurer une réactivité optimale face aux urgences toxicologiques sur l'ensemble du territoire.