La montée des tensions autour du détroit de Bab el-Mandeb, situé entre le Yémen et la Corne de l'Afrique, fait craindre une rupture majeure des échanges internationaux. Le Qatar a officiellement alerté sur les conséquences potentiellement catastrophiques d'une fermeture de ce passage maritime, soulignant que son importance dépasse le cadre strict des hydrocarbures pour toucher l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement mondiale.
Une progression stratégique des rebelles houthis
La menace s'est intensifiée avec l'avancée des rebelles houthis, soutenus par l'Iran, qui ont atteint la ville yéménite de Dhubab et pris le contrôle de l'île de Perim. Cette position leur confère une capacité accrue d'intercepter le trafic maritime circulant entre la mer Rouge et l'océan Indien. Les premiers effets se font déjà sentir : le nombre de navires empruntant le détroit a diminué, et des pétroliers saoudiens ont été visés, illustrant la vulnérabilité croissante de cette zone.
Un verrou vital pour le commerce mondial
Si le détroit d'Ormuz demeure le premier point de passage pétrolier mondial, Bab el-Mandeb joue un rôle plus diversifié et étendu. Il constitue l'accès méridional au canal de Suez, par lequel transite environ 12 % du commerce mondial en temps normal, une proportion qui grimpe à près de 30 % pour les grands porte-conteneurs. Des marchandises aussi variées que les composants électroniques, les céréales, les engrais et les produits manufacturés dépendent de cette route maritime pour relier l'Asie à l'Europe.
Le spectre d'un détour par le cap de Bonne-Espérance
Une fermeture prolongée contraindrait les armateurs à contourner le continent africain par le cap de Bonne-Espérance. Ce détour, qui allonge les trajets d'une dizaine de jours au minimum, entraîne une hausse mécanique des coûts opérationnels : consommation de carburant accrue, frais d'assurance en forte augmentation et besoins en navires supplémentaires. L'expérience des derniers mois montre que de telles perturbations peuvent multiplier par trois les coûts de transport et provoquer des ruptures d'approvisionnement, notamment pour les industries manufacturières européennes.