Le gouvernement béninois a acté, depuis le 31 décembre 2024, l'interdiction des importations de viande de volaille et d'œufs de table. Cette mesure protectionniste, destinée à stimuler la production locale, s'appuie sur une refonte profonde de l'enseignement technique agricole pour répondre aux besoins croissants du marché national.
Un cursus technique aligné sur les besoins du marché
Au cœur de cette stratégie, le nouveau Diplôme de Technicien aux Métiers propose un cursus pratique de trois ans. La filière dédiée à l'aviculture et à l'élevage non-conventionnel — incluant pintades, cailles, lapins et escargots — suscite un vif intérêt chez les apprenants. Cette formation vise à doter les jeunes diplômés de compétences opérationnelles immédiates, leur permettant de s'installer à leur propre compte pour pallier le déficit de l'offre locale.
Redéfinition de la compétitivité avicole
L'arrêt des importations modifie structurellement l'économie du secteur. Auparavant, le poulet congelé importé, vendu à 1 200 FCFA le kilogramme, rendait la production locale, estimée à 2 000 FCFA, peu compétitive. Désormais, les éleveurs sont incités à accroître leurs capacités, notamment sur le poulet de chair, dont le cycle de production rapide permet une réponse agile à la demande. L'émergence de couvoirs industriels locaux constitue un autre levier pour sécuriser l'approvisionnement en poussins d'un jour, tandis que la reconversion des anciens importateurs vers la distribution de produits locaux est envisagée pour optimiser la logistique.
Les défis de l'insertion professionnelle
La réussite de cette transition dépendra toutefois de la capacité de l'État à accompagner les jeunes diplômés au-delà de la formation. L'accès au foncier, la maîtrise des coûts des intrants, le suivi sanitaire et la structuration des circuits de commercialisation restent des points de vigilance majeurs. L'organisation des nouveaux techniciens en coopératives sur des domaines aménagés est présentée comme une solution pour rationaliser les coûts de production.
Un enjeu de souveraineté durable
La synergie entre la réforme des curricula et le soutien à la mécanisation est perçue comme une condition sine qua non pour transformer cette décision politique en succès économique. Si les mécanismes d'insertion suivent, le Bénin pourrait transformer ce défi protectionniste en une véritable dynamique de souveraineté alimentaire, portée par une jeunesse qualifiée et directement opérationnelle sur le terrain.