Face à la persistance de la mendicité infantile dans le nord du Bénin, le gouvernement a dévoilé un bilan alarmant de 4 453 enfants en situation de rue recensés entre 2019 et 2026. Les autorités ministérielles, réunies à Parakou, ont acté un changement de paradigme, privilégiant désormais l'application stricte des textes législatifs sur la simple sensibilisation.
Un état des lieux préoccupant dans quatre départements
Le recensement, qui porte sur les départements du Borgou, de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga, met en lumière une vulnérabilité accrue dans les communes de Kandi, Malanville et N’Dali. Selon les services du ministère de la Famille et de l’Action sociale, ces enfants, pour beaucoup en âge d'être scolarisés, sont exposés à des risques majeurs de déscolarisation et d'exploitation. Les autorités identifient un faisceau de causes complexes, mêlant des pressions économiques, des pesanteurs socioculturelles et des pratiques religieuses dévoyées.
Vers une application rigoureuse de la loi
Le ministre de l’Intérieur, Djibril Mama Cissé, a marqué une rupture avec les méthodes passées en appelant à la fin de la phase de sensibilisation. L'objectif est désormais de mobiliser l'appareil judiciaire et administratif pour réprimer les situations de traite d'enfants. Dans cette optique, le préfet du Borgou, Abdoul-Chakour Assouma Naro, a exhorté les acteurs locaux à signaler systématiquement les cas suspects, tandis que le substitut du procureur de Parakou a rappelé la responsabilité des maîtres coraniques dont les pratiques exposent les mineurs à la rue.
Le Pacte de Parakou et la décentralisation de la protection
Pour structurer cette nouvelle approche, une proposition de « Pacte de Parakou » a été avancée. Ce dispositif vise à créer une synergie entre les autorités locales, les chefs religieux et les dignitaires traditionnels pour endiguer le phénomène. Parallèlement, le ministère de la Décentralisation a enjoint les communes à assumer pleinement leurs prérogatives en matière de protection des personnes vulnérables. Une évaluation des résultats de ces nouvelles mesures est prévue dans un délai de six mois afin de mesurer l'efficacité des actions entreprises sur le terrain.