La ville de Ouidah a été le théâtre, le 23 août 2026, d'une étape symbolique dans la politique de rapprochement entre le Bénin et les Afrodescendants. À l'occasion de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière, trois membres de la diaspora ont officiellement reçu la nationalité béninoise, marquant une volonté politique de transformer le devoir de mémoire en une réalité juridique et humaine.
Une citoyenneté pour sceller le retour
La remise des attestations de nationalité, orchestrée par le ministère de la Justice et de la Législation, constitue l'aboutissement d'un dispositif législatif initié en 2025. Ce cadre juridique permet désormais aux personnes pouvant prouver une ascendance africaine subsaharienne liée à la traite négrière d'accéder à la citoyenneté béninoise. Cette mesure ne se limite pas à un acte symbolique : elle s'inscrit dans une stratégie gouvernementale visant à tisser des liens durables, tant sur le plan culturel et intellectuel qu'économique et diplomatique, avec les communautés dispersées par l'histoire.
La mémoire comme levier de coopération internationale
Placée sous le thème « De la Porte du Non-Retour à la Porte du Retour », l'édition 2026 a mis en exergue la relation singulière entre le Bénin et Haïti. La date du 23 août, qui commémore l'insurrection de 1791 à Saint-Domingue, souligne une trajectoire historique commune. Dominique Brutus, chargée d'affaires de l'ambassade d'Haïti à Cotonou, a insisté sur la nécessité d'une reconstruction multidimensionnelle de ces relations. Des projets de coopération concrets, axés sur le développement, la jeunesse et les échanges universitaires, sont désormais à l'étude entre les collectivités des deux pays.
Réinscrire l'histoire dans le temps présent
Au-delà des cérémonies, les réflexions menées lors de la Semaine internationale du souvenir de la traite négrière (SISTNA) ont cherché à dépasser le traumatisme de la déportation. Le Dr Sylvestre Edjêkpoto a rappelé que les sociétés ouest-africaines étaient, avant la rupture coloniale, des espaces structurés par des échanges dynamiques. En réinvestissant ces lieux de mémoire, comme la plage de Ouidah, les autorités béninoises et les représentants de la diaspora cherchent à transformer un passé de déchirement en un socle de collaboration future, faisant de la transmission aux nouvelles générations un enjeu central de cette politique de reconnexion.