Le Bénin a officiellement dévoilé les conclusions de sa deuxième Évaluation nationale des risques (ENR) liés à la criminalité financière. Si le pays enregistre une amélioration concernant le blanchiment de capitaux, la montée en puissance des signalements liés au financement du terrorisme impose une révision urgente des dispositifs de surveillance nationaux.
Une vigilance accrue face au financement du terrorisme
L'actualisation des données, qui succède à l'évaluation de 2018, révèle une mutation du paysage des risques. Pour la première fois, le financement de la prolifération des armes de destruction massive est intégré à l'analyse, avec un niveau de risque jugé moyen. Parallèlement, la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) a enregistré 11 signalements spécifiques au financement du terrorisme en 2025, alors que ce chiffre était nul les deux années précédentes. Cette hausse, bien que nécessitant une interprétation prudente, témoigne d'une meilleure détection des menaces par les acteurs financiers.
Les vulnérabilités structurelles du système béninois
Malgré une baisse globale du risque de blanchiment, le rapport pointe des failles persistantes dans l'économie béninoise. La prédominance du secteur informel, l'usage massif des espèces et la porosité des mouvements financiers transfrontaliers demeurent des vecteurs de fragilité. Selon la Coopération allemande, partenaire de cette démarche, ces flux illicites ne sont pas seulement un enjeu de conformité : ils entravent la concurrence loyale, érodent la confiance des investisseurs et privent les services publics de ressources essentielles.
Vers une mise en conformité avant l'échéance 2028
Face à ces constats, le ministre des Finances et de la Microfinance, Nicolas Yènoussi, a appelé à une application rigoureuse de la Stratégie nationale 2026-2030. Les secteurs exposés, incluant les banques, les assurances, mais aussi les professions juridiques et immobilières, sont désormais sommés de renforcer leurs procédures de vigilance. L'objectif est clair : améliorer la transparence et l'efficacité des sanctions avant l'évaluation mutuelle du Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (Giaba), prévue en 2028. Le recours accru aux outils technologiques de suivi des transactions est identifié comme un levier prioritaire pour atteindre ces standards internationaux.